libellés

mercredi 29 octobre 2014

Evolution meurtrière de la politique de maintien de l'ordre en France

Depuis novembre 2007 nous tenons à jour ce blog qui recense toutes les affaires concernant les blessures par flashball dans le cadre de l'utilisation de cette arme par la police. 
Le drame qui vient d'avoir lieu au Testet, la mort de Rémi Fraisse, s'inscrit, hélas logiquement, dans cette longue suite de violences policières, conséquence de l’évolution des politiques de maintien de l’ordre depuis une dizaine d’années, appuyées sur une nouvelle idéologie, de nouveaux dispositifs et de nouveaux armements. 
Les conséquences meurtrières du déploiement des forces policières et de gendarmerie sur le site du Testet rappellent d'autres violences policières qu'il convient pour nous de lier à ce drame. 
Il nous paraissait également annoncé, depuis que nous suivons les affaires de blessures par Flashball, récemment encore lors des manifestations contre l'aéroport de Notre Dame des Landes, qu'un jour ou l'autre un drame aurait lieu.  
Ce drame est aujourd'hui une affaire d'Etat.
L'évolution des politiques de maintien de l'ordre, leur dérèglement, produit des effets visibles que nous déclinons en 4 points :

Militarisation de la police
  • Les armements nommés "non-létales", tout récemment renommées "armes de force intermédiaire", sont en fait extrêmement invalidantes jusqu'à tuer : flashball, lanceur de balles de défense, taser, grenades assourdissantes, munitions lacrymogènes à fragmentation, dispositifs balistiques de dispersion… [PDF armes de la police]
  • La fusion police/gendarmerie a créé les conditions d'une compétition répressive.
  • Les forces de l'ordre se sont sur-équipées (la réalité a rejoint la fiction des "robocops").
Doctrine du maintien de l'ordre
  • Les notes de services et d'usage des armes de maintien de l'ordre sont très souvent non respectées. Dès lors, le terme de "bavures" invoqué par les policiers eux-mêmes et relayé par la presse est absolument impropre.
  • Les Brigades Anti Criminalité (BAC), cherchant à agir dans le cadre de flagrants délits, se comportent méthodiquement comme agents provocateurs : invectives et agressions envers les manifestants.
Disproportion systématique des actions engagées par la police pour réprimer les rassemblements sociaux.
  • L'usage du flashball et du LBD comme arme d'intimidation et d'attaque et non pas comme moyen de dégagement en cas d'agression. [une illustration]
  • L'usage de grenades offensives et lacrymogènes dans des quantités excessives, sans mesure ni discernement.
Criminalisation de l'expression des mouvements sociaux
  • Les arrestations arbitraires et les prélèvements ADN qui criminalisent si refus.
  • Un couple police/justice d'urgence qui amplifie les conséquences répressives.
  • Une terminologie qui confond manifestation et agression, manifestant et black block, dégradation et dévastation.
En conséquence, il nous parait important que soient liés, dans la parole publique, le drame qui a coûté la vie à Rémi Fraisse et le dérèglement général des politiques de maintien de l'ordre, ainsi que les décisions de justice qui, de non lieux en relaxes, conduisent policiers et gendarmes à penser qu'ils peuvent agir en toute impunité. 

lundi 27 octobre 2014

Lyon et Lille : retour sur le FOOT et l'usage du flashball par la police

SO-FOOT
France - Ligue 1 - 11e journée - Lyon/Marseille
Dimanche 26 Octobre 2014
Par Aymeric Le Gall et Antoine Aubry, avec Quentin Blandin

Que s'est-il vraiment passé avant Lyon-Montpellier ?

Après des supporters parisiens refoulés arbitrairement du Stade de France, des Bastiais stigmatisés à Nice, la dernière journée s'est soldée par un œil perdu sur flashball du côté de Lyon. Éclaircissement avec le principal intéressé, dégoûté.

Malgré la superbe victoire des Gones sur les joueurs de Montpellier dimanche soir, l'ambiance n'était pas vraiment au beau fixe du côté des supporters lyonnais à la sortie du stade. La faute à l'hospitalisation d'Alexandre (26 ans), habitué du Virage Sud (VS) et victime d'une « balle de flashball » reçue à « deux centimètres de l'œil droit » selon ses camarades de tribune, dans un communiqué paru mardi sur le site mouvement-ultra.fr. Dans ce communiqué, les membres du VS assurent qu'Alexandre, surnommé « Lex » dans les travées de Gerland, se serait pris un projectile de flashball alors qu'il tentait de protéger des familles s'éloignant d'une rixe entre supporters lyonnais et montpelliérains, sur l'avenue Tony Garnier. Contacté par nos soins à sa sortie d'hôpital, Alexandre livre sa version des faits : « À 19h30, des minibus de supporters de Montpellier arrivent sur une grande avenue pas loin de Gerland. Et là, ça part très vite. Des Lyonnais rassemblés sur l'avenue attaquent les Montpelliérains et ces derniers sortent de leurs véhicules… À ce moment-là, je suis facile à 300 mètres de là. La police arrive un peu à séparer les deux côtés. Des Montpelliérains reviennent en direction de leurs minibus et d'autres vont en direction de là où je suis. Moi, je suis entouré de familles, d'enfants, mais je ne suis pas du tout dans la bagarre, sans personne du Virage à proximité. Et là, de ce que je me souviens, il y a un flic qui se retourne et qui me met un coup de flashball à hauteur de tête. » La bagarre était-elle préméditée ? « D'après ce que m'ont dit les flics, les Montpelliérains n'ont pas pris l'escorte qui devait les mener au stade et se sont retrouvés dans cette avenue où les Lyonnais ont l'habitude de se rassembler. »
« Jamais interpellé pour des faits de violence autour d'un stade »
À son réveil, « Lex » apprend qu'il risque de perdre la vision de l'œil droit alors qu'il a déjà perdu l'usage de l'autre œil il y a quelques années. « Là, j'ai déjà perdu 7/10e de mon œil droit, soupire-t-il. L'impact du flashball a abîmé mes récepteurs visuels qui se trouvent juste derrière la rétine. Je ne reverrai donc jamais correctement, ça sera toujours flou. Si j'arrive à tenir le coup, c'est surtout grâce aux nombreux soutiens que je reçois depuis plusieurs jours. Mais à l'hôpital, quand on m'a annoncé la nouvelle, ça a été super dur à encaisser. Déjà la première fois, avec mon œil gauche, ça n'avait pas été facile, mais alors là... » Du côté des forces de l'ordre, qui n'ont pas souhaité nous répondre, tout comme l'OL, le son de cloche est différent. Dans un article publié le mercredi 22 octobre sur le site du journal Le Progrès, le jeune supporter lyonnais est décrit comme un « hooligan ultra-violent du virage sud et un membre des identitaires lyonnais » par Albert Doutre, le patron de la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP) du Rhône. Il ne semble pas douter de son implication dans la bagarre malgré l'ouverture d'une enquête par le Pôle commandement déontologie discipline (PCDD) afin de déterminer l'origine exacte de sa blessure. Dans les colonnes du Progrès, Albert Doutre va même plus loin en expliquant que les tirs effectués par les forces de l'ordre ce jour-là avaient été « ciblés en direction d'individus qui lançaient des projectiles » et qu'il était « inconcevable qu'une personne reçoive un tir qui ne lui est pas destiné ». Sur le site de lyoncapitale.fr, Pascal Barthélémy, membre du syndicat de police Alliance, affirme en revanche que « la visibilité pour les forces de l'ordre est très réduite » lors de manifestations et d'affrontements. Il n'est donc pas « rare que l'on touche une personne qui n'était pas visée au départ ». Lex confesse avoir déjà été deux fois interdit de stade. « Mais une IAS, interdiction de stade administrative. Je n'ai jamais été interpellé pour des faits de violence autour d'un stade de foot. » Lui et quelques collègues n'avaient pas déclaré à la préfecture le minibus pour se rendre à Saint-Étienne et ont été interceptés avant d'arriver à bon port. Ils y gagnent une interdiction de stade sans passer devant le juge.
Casti bis ?
Cet ancien membre des Lugdunums (disparus en 2007, ndlr), aujourd'hui indépendant, réitère sa version et cherche aujourd'hui des témoins pour prouver sa bonne foi, car aucune image de la police ne serait utilisable… « D'après ce que m'a dit la police des polices avant-hier lors de mon interrogatoire, il n'y aurait pas d'image exploitable. Je peux t'assurer que si ça avait été moi qui avait tapé un flic, ils m'auraient sorti les images… », déplore Alexandre. Si toute la lumière reste encore à faire sur cette affaire qui n'est pas sans ressemblance avec celle de « Casti » - un supporter montpelliérain ayant perdu un œil en 2012 après un probable tir de flashball, affaire toujours en cours - et alors que l'appel à témoin n'a pas permis de faire avancer l'enquête, l'utilisation de flashball par les forces de l'ordre lors de manifestations sportives - et pas seulement - risque de faire à nouveau débat. Et concernant Alexandre ? « Pour l'instant, mon avocat veut surtout réclamer des indemnités hospitalières confie-t-il. Parce que là, j'en ai encore pour au moins six mois de traitement et de tout ce qui s'ensuit... » En colère ? « Je ne suis pas là pour accabler le flic, même si je suis dégoûté que ma vie bascule. Et ce qui s'est passé là n'est pas bon non plus pour les supporters. Il y a faute des deux côtés. Du côté des supporters qui se battent en plein milieu d'une rue très fréquentée. Et du côté de la police, d'avoir fait usage de flashball de manière abusive… »
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LA VOIX DU NORD
Publié le 25/10/2014
PAR BENJAMIN DUTHOIT

LOSC - Everton: après les incidents sur la Grand-Place de Lille, les Anglais accusent la police

Les brefs heurts survenus jeudi entre policiers et supporters d’Everton, en marge du match de foot face au LOSC, ont déclenché un tollé en Angleterre. L’action policière, notamment des tirs de flash-ball, est jugée disproportionnée. La police répond aux critiques. Retour sur ce qui s’est passé.
Il est environ 14 h 15, jeudi. Des milliers de supporters d’Everton s’alcoolisent dans le centre en attendant le match du soir face au LOSC. Ambiance bon enfant, familiale. L’un des policiers anglais présents aux côtés des Français repère un hooligan d’Everton connu pour dealer de la drogue. Pas question de l’appréhender au milieu de la foule ivre, avec le risque que la situation dégénère. « Il est décidé de le contrôler s’il est en situation isolée », indique Didier Perroudon, directeur départemental de la sécurité publique (DDSP). Des policiers en civil de la BAC tentent de le contrôler alors qu’il est seul rue des Sept Agaches, une ruelle menant à la Grand-Place. « Mais l’individu se sauve, abandonnant son blouson et réclamant de l’aide. Une cannette est jetée vers les policiers. »
La BAC le suit sur la Grand-Place et le scénario à éviter se produit : arrestation parmi la cohue. « Ça aurait été mieux de la faire ailleurs mais quand on commence une action, il faut qu’elle se termine », justifie Didier Perroudon. La scène excite les supporters autour, dont plusieurs ne se rendent pas compte qu’ils font face à des policiers. D’autant que les agents ne mettent pas leur brassard tout de suite. « Il y a eu des interprétations parfois erronées. »
Les flash-ball ont été utilisés en « légitime défense »
Assaillie de jets de bouteilles, la BAC se réfugie devant l’entrée du Furet. Des renforts avec casques et boucliers se déploient autour d’eux. Deux grenades lacrymogènes sont lancées. Surtout, il y a deux tirs de flash-ball. Un supporter d’Everton de 66 ans est évacué à l’hôpital par les pompiers. Légèrement blessé à la tête, il affirme avoir été touché par une balle en mousse de flash-ball : « Pour l’instant, on ne sait pas, tempère Didier Perroudon. Une enquête est en cours. »
Il estime que les flash-ball ont été utilisés en « légitime défense, afin de se dégager. Après, quand la foule bouge, un tir peut arriver à la tête ». Les incidents n’ont duré que quelques minutes. La bonne ambiance est ensuite revenue. Quant à l’Anglais interpellé, il a été libéré hier, l’enquête se poursuit.
Huit mois de prison
D’autres incidents sont survenus mercredi soir, dans le Vieux-Lille. Des supporters d’Everton ont été agressés par des hooligans lillois aux abords de l’Australian Bar et du Queen’s Head. « C’était une attaque lâche, condamne Andrew Becker, le patron des deux établissements. Les bars étaient remplis. Il y avait des pères de famille avec leurs enfants. C’était une bonne ambiance. Une soixantaine de supporters du LOSC, certains avec des gants et capuches, ont attaqué une vingtaine de clients qui fumaient dehors. Ils leur ont jeté des chaises et donné des coups. » Un homme, légèrement blessé, a été conduit à l’hôpital. Les assaillants se sont dispersés à l’arrivée de la police. « Et les policiers ont gazé les Anglais… » Didier Perroudon, patron la police du Nord, justifie cet usage de gaz lacrymogène : « Des supporters d’Everton ont été agressifs à notre égard. »
L’expédition des ultras lillois a été filmée. L’un d’eux, Thomasz S., de la mouvance identitaire, a été interpellé jeudi. Jugé hier, il a écopé de huit de mois prison, sans mandat de dépôt. Un autre participant aux violences s’est rendu à la police hier.

mercredi 22 octobre 2014

Alexandre Meunier (25 ans) blessé à LYON par un tir policier [dim 19 oct 2014]

Sur LYONCAPITALE.fr
21 octobre 2014

Supporter lyonnais gravement blessé : son témoignage

Par Julia Rodriguez

Dimanche 19 octobre, en marge du match OL/Montpellier, des échauffourées ont éclaté aux abords du stade de Gerland. Alexandre Meunier, 25 ans, a reçu un tir de flashball sur l’œil droit. À ce jour, il est toujours hospitalisé à l’hôpital Edouard-Herriot. Nous l’avons rencontré.

Pour la première fois depuis son hospitalisation, le jeune homme s’exprime devant la presse. Nous avons recueilli ses propos.
Depuis "bientôt onze ans", Alexandre est de tous les matchs de l’OL. Ardent supporter, il n’hésite jamais à se déplacer aux quatre coins de la France pour suivre son équipe favorite, une "vraie passion" qui lui "prend beaucoup de temps". Auparavant sympathisant de l'ancien groupe de supporters les Lugdunums, au sein de la tribune virage Sud, il "n’adhère à aucun groupe depuis maintenant cinq ans". Il nous raconte : dimanche soir, il se rend comme à son habitude au stade de Gerland, pour assister à la rencontre face à Montpellier, quand il est témoin d’échauffourées entre supporters lyonnais et montpelliérains – "Ils se trouvaient à environ 250 m de moi."
Nous avons également contacté la police pour de plus amples explications concernant les violences. Il semblerait que les supporters montpelliérains ont contourné l’escorte initialement prévue pour eux au péage de Vienne, "visiblement pour en découdre avec les supporters lyonnais", selon Pascal Barthélémy, membre du syndicat de police Alliance.
Alexandre explique s'être ensuite approché, en passant à "plusieurs reprises devant les caméras des policiers". Une curiosité qui va lui coûter cher. Il nous explique avoir voulu s’interposer entre un groupe de Montpelliérains et des familles en proie à la panique. Il est alors identifié par des agents des forces de l’ordre. Quelques minutes plus tard, il recevra un tir de flashball au niveau de son œil droit. "Je me suis effondré par terre, le coup était très violent", raconte-t-il. Il est transporté par les urgences dans les heures qui suivent et hospitalisé à l’hôpital Edouard-Herriot.

Erreur sur la personne ?

Aux alentours de 4h du matin, des "officiers de la Bac et de la police des polices" se rendent à son chevet. Alexandre nous rapporte ce qu’ils lui ont dit : "Parfois, si un collègue nous fait bouger le coude, le coup est mal visé et frappe au mauvais endroit." Car la blessure elle-même soulève des questions. Normalement, l’usage du flashball est très réglementé. Il est formellement interdit de cibler au-dessus de la ceinture. Pascal Barthélémy nous indique également que, dans certaines circonstances, dans le cas de "manifestations ou d’affrontements, la visibilité pour les forces de l’ordre est très réduite". Il n’est donc pas "rare que l’on touche une personne qui n’était pas visée au départ", ou même que l’on ne fasse pas la différence entre les "casseurs" et de simples spectateurs.
Pourtant, Alexandre affirme qu’il n’était pas au milieu du groupe de Montpelliérains, mais isolé "sur le côté gauche du fourgon des policiers". Il n’a donc pas pu y "avoir erreur sur la personne". À plusieurs reprises, le jeune homme reviendra sur son incompréhension face à ce qui s’est passé : "Je ne comprends pas, ils ont pourtant commencé à tirer dans les jambes des supporters de Montpellier, pourquoi ils n’ont pas fait la même chose avec moi ?" Il insiste également sur le fait qu’il aurait fallu être "fou" pour participer aux affrontements, au nez et à la barbe des policiers – "Je n’allais pas m’y mettre moi aussi, alors que les policiers étaient devant moi avec les flashballs."

Des interdictions de stade qui interpellent

Selon la police, Alexandre aurait déjà été interdit de stade à plusieurs reprises. C’est inscrit dans son dossier. Quand nous lui posons la question, le jeune homme ne nie pas les faits : "La première fois, c’était parce que mon groupe avait oublié d’indiquer le lieu d’arrivée du car de supporters à la préfecture. La seconde fois, en 2009, les policiers avaient trouvé que nous étions trop proches des supporters stéphanois." Dans les deux cas, il s’agissait d’IAS (interdictions administratives de stade).
Les IAS ne font pas l’objet d’un jugement au tribunal, il s’agit d’une décision unilatérale de la préfecture, nous explique le jeune homme. Il tient d’ailleurs beaucoup à cette précision : "Je n'ai jamais été interdit de stade pour cause de violences." Une association a d’ailleurs été créée il y a un an, l’ALDDVS, qui a pour vocation de monter des actions en justice à chaque fois qu’une IAS est jugée arbitraire ou abusive. La dernière interdiction de stade d’Alexandre "remonte à cinq ans". Depuis, il nous assure ne plus avoir été dans le viseur de la police.

Vers un abandon du flashball ?

À ce jour, le diagnostic d’Alexandre n’est pas encourageant. À la suite d’une maladie intervenue il y a plusieurs années, le jeune homme n’a plus l’usage de son œil gauche. Aujourd’hui, le droit, touché par le flashball, a déjà perdu 5/10 et cela pourrait s’aggraver s’il y a déchirement de la rétine.
Néanmoins, le jeune homme ne souhaite pas "salir la réputation du policier ou lui faire perdre son travail". Il engagera certainement une action en justice, mais principalement pour connaître les raisons qui ont poussé le policier à lui tirer au niveau de la tête. "Je sais que les caméras de vidéosurveillance ont tout filmé et, quand on aura les enregistrements, ils verront que je ne participais pas aux affrontements."

Au-delà de sa quête de vérité, Alexandre souhaiterait que son cas fasse jurisprudence et que l’utilisation du flashball soit mieux encadrée, "voire supprimée" à l’avenir. Du côté de la police, la solution est difficilement envisageable. Le flashball s’est d’ailleurs généralisé pour "éviter de tuer des gens avec des armes à balles réelles", nous explique Pascal Barthélémy. Ce genre d’incident n’est pas une première. Il fait écho au cas d'un jeune supporter montpelliérain blessé lui aussi à l’œil par un tir de flashball en septembre 2012.
Il faut maintenant attendre les conclusions de l’enquête qui a déjà commencé et l’exploitation des enregistrements vidéo, qui sera déterminante.
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Illustration de flash-ball à Lyon - Pasval Fayolle / SIPA
Sur 20minutes.fr
21 opctobre 2014

Lyon : Grièvement blessé par un tir de flash-ball, un supporter de l'OL accuse la police de bavure
   
Illustration de flash-ball à Lyon - Pasval Fayolle / SIPA

par Caroline Girardon

Que s'est-il réellement passé dimanche soir en marge du match de foot entre l'OL et Montpellier? Alors que des échauffourées ont éclaté entre bandes rivales de supporters au niveau de la station essence proche du stade de Gerland, un jeune homme de 26 ans a été grièvement blessé à l'arcade sourcilière, essuyant un tir de flash-ball de la part des policiers dépêchés sur place.
«Il s'agit d'un supporter déjà connu des services de police, qui appartient au mouvement des ultras depuis l'année 2002, décrit à 20 Minutes, une source proche de l'enquête. Il a été interdit de stade à deux reprises. Il a été vu plusieurs fois parmi les milieux les plus durs de supporters, des milieux proches de l'extrême-droite.»
« Un supporter mais pas un hooligan »
Du fond de son lit d'hôpital, Alexandre, la victime, s'en défend. «Ce sont des interdictions administratives. La dernière remonte à 5 ans, se justifie-t-il. J'ai été interpellé avant un déplacement de supporters. Nous avions prévu de partir en bus mais nous n'avions pas l'autorisation de la Préfecture». Et d'insister : «Je suis un supporter depuis dix ans mais pas un hooligan. Je n'ai jamais été jugé, ni même arrêté pour des faits de violence.»

«Je n'étais pas du tout à l'endroit où la bagarre a éclaté, assure Alexandre, interrogé par 20 Minutes. Je me trouvais à l'opposé, à 250 mètres environ. Curieux, j'ai regardé la scène de loin quand un supporter montpelliérain s'est approché. Il y avait des familles, des enfants. Je me suis interposé sans le toucher et lui ai demandé de partir. Ce qu'il a fait. Ensuite, une trentaine de personnes qui le suivaient, sont arrivées. J'ai reculé. Les policiers tiraient. Là, je me suis pris un tir de flash-ball en pleine tête.» Une histoire qui n'est pas sans rappeler l'affaire Casti survenue à Montpellier il y a deux ans.

Risque de cécité

«Il y avait des caméras qui peuvent attester ses dires», appuie l'un de ses amis. La suite, le jeune homme n'en souvient pas. Il a été emmené d'urgence à l'hôpital Edouard-Herriot, où les médecins ne sont guère optimistes. Il pourrait bien perdre l'usage de son œil droit. «J'ai un décollement de la rétine. Si la rétine se déchire ou qu'une cicatrice se colle dessus, je ne verrai plus rien», précise Alexandre. Un sérieux handicap sachant que le garçon a déjà perdu son œil droit il y a 5 ans suite à un accident du travail.

Deux enquêtes en cours

Le supporter qui envisage de porter plainte, dit «ne pas chercher à salir le policier» qui lui a tiré dessus. Mais il entend relancer le débat sur l'usage des flash-ball. «Le tir a été effectué à hauteur de la tête, insiste l'un de ses amis qui a lancé un appel sur Facebook pour retrouver des témoins de la scène. Imaginez si la victime avait été un enfant. Pourquoi ne pas tirer dans les jambes, les pieds ou le torse?»

Deux enquêtes de police sont en cours. La première, administrative, visera à établir l'origine et la nature des blessures de la victime. La seconde, judiciaire, devra permettre de déterminer les responsabilités de chaque groupe de supporters dans le déroulement des faits.

Marseille. Un policier tireur bientôt renvoyé aux assises ?

Après un tir mortel, le Flash-Ball aux assises ?

Le Monde.fr | 15.10.2014
Xavier Crubezy, gardien de la paix, pourrait être jugé par une cour d’assises. Ce policier marseillais est l’auteur du seul tir mortel de Flash-Ball recensé à ce jour en France. Mardi 14 octobre, lors de son procès devant le tribunal correctionnel de Marseille, le procureur, Benoît Vandermaesen, a estimé que le policier s’était rendu coupable non d’un pas d’homicide involontaire, infraction pour laquelle il est poursuivi depuis sa mise en examen il y a trois ans, mais d’un tir volontaire ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

« C’est la définition des coups mortels qui relève de la cour d’assises », a estimé M. Vandermaesen. « Il n’est pas question de faire le procès de l’institution policière, a-t-il ajouté, mais il n’est pas possible pour l’accusation de soutenir qu’il s’agit d’un homicide involontaire par manquement à une obligation de sécurité. » Le tribunal se prononcera le 25 novembre. L’avocate du policier, Me Sandrine Pauzano, a déclaré : « Cette demande de requalification est d’une brutalité absolue. Cela fait quatre ans que nous attendons ce procès. »

Le 12 décembre 2010, l’équipage de police secours commandé par Xavier Crubezy, alors âgé de 33 ans, est appelé pour une agression au couteau entre deux résidents d’un foyer Adoma (ex-Sonacotra). A leur arrivée, l’agresseur, Mustapha Ziani, se trouve seul dans sa chambre, très excité, visiblement en proie à des troubles psychiques.

Situé dans l’embrasure de la porte, Xavier Crubezy avait reçu une tasse sur le front. Il avait alors fait usage de son Flash-Ball en visant le thorax de M. Ziani. C’est lors de son menottage, dans le couloir, que ce dernier a fait un arrêt cardiaque qui a conduit à son décès le lendemain. Un supplément d’information avait été ordonné à l’issue d’un premier procès en octobre 2013. Les experts concluent que le décès est « la conséquence directe et exclusive » de ce tir.

Problème : moins de 5 mètres séparaient l’arme de la victime. Xavier Cruzeby n’a donc pas respecté la distance minimale de tir de 7 mètres indispensable « pour conserver le caractère non létal de cette arme », selon une note de la gendarmerie nationale, et pour « éviter tout risque de lésion corporelle grave pouvant être irréversible ». Le policier avait pourtant été formé en 2007 à l’usage de cette arme et avait suivi, en juillet 2009, un stage de « recyclage », six mois après que la distance minimale de tir avait été portée de 5 à 7 mètres.
« C’ÉTAIT LA CHOSE À FAIRE »
Le policier et son avocate considèrent qu’il n’avait « pas d’autre alternative » et a tiré en état de légitime défense. Selon lui, « c’était la chose à faire. Ce qu’on a fait, on l’a bien fait ». M. Ziani « était dans sa chambre, donc il n’était pas dangereux pour autrui », lui a opposé le président du tribunal, Fabrice Castoldi, selon lequel « gérer une situation de crise, ce n’est pas automatiquement interpeller ».

Le procès d’assises, s’il a lieu, pourrait être l’occasion d’une nouvelle remise en cause du Flash-Ball, après plusieurs affaires de blessures graves liées à des usages contestés de l’arme. En mai 2013, le Défenseur des droits avait dénoncé les « recours irréguliers ou disproportionnés » aux lanceurs de balles de défense, dont l’usage augmente.

Me Sandrine Pauzano, qui a demandé au tribunal de conserver la qualification d’homicide involontaire et de relaxer ce policier désormais îlotier, a rappelé qu’« en 2010, on répète aux fonctionnaires que c’est une arme non létale avec un pouvoir lésionnel réduit et que les balles permettent d’optimiser le pouvoir de neutralisation ».

Mais pour Me Chehid Selmi, avocat de la famille Ziani, « ce procès démontre que le Flash-Ball, une arme qui a déjà fait d’énormes ravages, est bien létale quand elle n’est pas utilisée à bon escient ».

mardi 14 octobre 2014

6 novembre 2014, procès du policier tireur sur Geoffrey, le 14 octobre 2010 à Montreuil

De Christian Tidjani, Père de Geoffrey
Le 6 novembre 2014 s'ouvrira le procès d’un policier qui répondra du tir de flash-ball sur Geoffrey alors âgé de 16 ans, devant un lycée lors de la mobilisation contre la réforme des retraites, à Montreuil le 14 oct 2010.

Par la production d’un Procès Verbal, Geoffrey, défiguré, sous morphine, fut mis en garde à vue pour agression sur policiers (3 Jets de pierres).

Mais une vidéo accompagnée de témoignages multiples réfuta toutes ces affirmations.
Le PV devenait ainsi un faux en écriture publique. Il aura fallu 2 ans pour faire accepter cette deuxième plainte.



Sans cette vidéo, Geoffrey allait en prison.

Si le policier est relaxé, Geoffrey risque toujours la prison.


Le 6 novembre 2014, Geoffrey face au policier ou à l’état ?
Réprimer aveuglément la contestation, tirer dans le tas sans discernement, provoquer la population, c’est renforcer l’idée d’une volonté de révolte, d’un chaos assumé. L’Etat par la voix de sa Justice parlera à Geoffrey autant qu’il nous parlera à Tous.

Un concentré du malaise social s’affichera dans ce procès :

  • Stigmatisation des jeunes ;
  • Racisme social ;
  • Provocations policières ;
  • Utilisation généralisée d’armes de destruction sociale ;
  • Criminalisation organisée de la contestation sociale ;
  • Parole assermentée fourvoyée.
Ce combat est aussi porté par Pierre, Quentin, Joan, Joachim, Ayoub, Florent, John, Fatoumata, Steve, Damien, Emmanuel et bien d’autres victimes, avec tous ceux qui se débattent aussi contre la « parole assermentée ». Voir blog du 27nov2007.

Pétition contre l’emploi du flash-ball dans les manifestations

Proposition de loi déposée au sénat début octobre 2014 : http ://www.senat.fr/leg/ppl14-002.pdf

Le 6 Novembre, une pensée, un texto, un email de soutien à Geoffrey, et surtout faites suivre ce message !