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mercredi 30 décembre 2009

Flashball, le choix de l'arme (sur Médiapart)

Flashball, le choix de l'arme
28 Décembre 2009 Par Carine Fouteau et Erich Inciyan

[article sur site de Médiapart]

Article publié ici sans images

C'est la petite histoire des flashballs, telle qu'elle a été officiellement lancée en juillet 1995 par... Claude Guéant. A l'époque directeur général de la police nationale (DGPN), l'actuel secrétaire général de l'Elysée signe le premier texte portant sur «l'acquisition et l'utilisation du fusil Flashball». D'autres instructions suivront, qui élargiront progressivement le cadre d'emploi de cette arme de plus en plus utilisée et controversée. Jusqu'à en faire, par glissements successifs, un élément essentiel de la panoplie policière.

Quand le DGPN Claude Guéant donne ses instructions, il est déjà question de «lutter plus efficacement contre les formes nouvelles de la criminalité». Le même motif sera répété pour justifier l'évolution de cette arme qui, dès sa diffusion élargie à dater de 1995, n'était plus qualifiée de «non létale» (non mortelle) par l'administration policière. Par la suite, cette dernière parlera d'arme «à létalité réduite», parfois «sublétale», préférant aujourd'hui escamoter le risque mortel en évoquant «un moyen de force intermédiaire» (avant l'arme à feu) avec son «projectile à effet lésionnel réduit».

Pourquoi le flashball ? Le choix des armes est toujours adapté à une stratégie de sécurité décidée en haut lieu. En l'occurrence, le «lanceur de balles de défense» est l'incarnation, dans l'arsenal policier, de la politique sécuritaire des dernières années. De l'utilisation dans des situations extrêmes (forcené, rixes, etc.), le flashball est ainsi passé progressivement au «maintien de l'ordre» et aux «violences urbaines».

En ses débuts, l'usage du nouveau matériel est ainsi étroitement limité. D'abord en le cantonnant à des situations extrêmes: «L'utilisation du flashball peut se révéler efficace dans certains cas (menaces par armes blanches, rixe sur la voie publique, pare-chocage de véhicules administratifs, franchissement de barrage routier», explique, en 1995, M. Guéant. En réservant le flashball, ensuite, à des unités spécialisées (certaines brigades anti-criminalité, les brigades anti-gang). En délimitant, enfin, son cadre juridique : «N'utiliser le flashball que dans le cadre strict de la légitime défense. En effet, les essais effectués ont démontré que cette arme ne pouvait être qualifiée de non létale, en raison des lésions graves qu'elle est susceptible d'occasionner, en certaines circonstances», relève encore la note – lire son intégralité en bas de page – du préfet Guéant.

On peut mesurer le chemin parcouru en citant l'actuel DGPN, Frédéric Péchenard. «Initialement prévu pour l'équipement de certaines unités spécialisées, l'utilisation de ce lanceur de balles de défense (le nom de famille des flashballs) a progressivement été étendue à l'ensemble des unités intervenant dans les quartiers difficiles, écrit Frédéric Péchenard, dans son instruction du 31 août 2009. Dorénavant, il a vocation à être utilisé par toutes les unités confrontées à des phénomènes de violences.» Peut-on fixer une mission plus vaste ?

Dans ces glissements successifs, un homme et sa conception particulière de l'ordre public jouent un rôle moteur. Dès mai 2002, le ministre de l'intérieur Nicolas Sarkozy annonce l'extension des flashballs à la «police de proximité» des «quartiers sensibles» afin, dit-il, d'«impressionner (...) les voyous». Puis les émeutes dans les banlieues, d'octobre à novembre 2005, servent à justifier l'emploi de cette arme contre les «violences urbaines». Le 7 décembre 2005, le ministre de l'intérieur Sarkozy tire sa conclusion : «Ces événements nous ont conduits à renforcer et adapter les matériels et les tenues. J'en veux comme exemple l'acquisition de près de 460 Flashballs.»

«Les risques de lésion corporelle peuvent être très importants et irréversibles»

Les cibles potentielles l'ignorent alors, en ce tournant des années 2000, mais les «manuels d'emploi» aujourd'hui en vigueur de la police reconnaissent que cette première génération de flashballs n'est pas fiable. Elle n'offre qu'«une portée optimale de 7 mètres, leur précision et leur pouvoir d'arrêt décroissant rapidement avec la distance». Fabriqué par la société Verney-Carron, ce premier modèle policier de «lanceurs de balle de défense» s'appelle le «Compact». Au début de la décennie, la société française le remplace par la version «Super Pro» qui, à ce jour, reste majoritaire dans l'arsenal policier.

On reconnaît le lanceur «Super Pro» à ses deux canons superposés. Mais il faut aussi savoir que leur paroi interne «lisse» confère à ce lanceur bien moins de précision par comparaison avec les armes à canon «rayé». Le «Super Pro» est ainsi classé dans les armements de «quatrième catégorie» (comme les armes de poing à percussion ou les fusils à pompe). Et son «manuel d'emploi» dans la police nationale avertit : «En dessous de 7 mètres, les risques de lésion corporelle peuvent être très importants et être irréversibles. Au-delà de 12 mètres, le rendement et la précision s'amenuisent.» Le fabricant Verney-Carron compare, lui, l'impact du «Super Pro» à «l'équivalent d'un KO technique». Sur son site Internet, il évoque une arme «intelligente, tout aussi impressionnante qu'efficace» dont le «look» et la «détonation» sont «dissuasifs», et qui est susceptible de «s'adapter à toutes les situations».

La mutation décisive intervient cependant à la fin de l'année 2007, quand le ministère de l'intérieur prend argument des émeutes de Villiers-le-Bel pour étendre considérablement l'utilisation des «lanceurs de balles de défense». Le 25 novembre 2007, la mort de deux adolescents dans la collision de leur moto avec une voiture de police provoque deux jours d'émeutes particulièrement violentes dans cette ville du Val-d'Oise. Une centaine de policiers sont blessés par des jets de projectiles. Plus grave : quelques fonctionnaires sont touchés par des coups de fusil à pompe tirés par une poignée de jeunes (cinq d'entre eux sont renvoyés en cour d'assises pour ces faits) du quartier.

Aucun policier ne riposte en utilisant son arme à feu, comme pouvait l'autoriser la législation sur la légitime défense. «Il est déjà arrivé dans le passé que des policiers soient pris pour cible dans le cadre de violences urbaines par des tirs d'armes à feu mais de manière relativement rare et très isolée. Là, on a franchi un cap», commente aussitôt le DGPN Frédéric Péchenard dans Le Monde. «Nous avons une doctrine, en terme de maintien de l'ordre et de violences urbaines, qui est de zéro mort, et dans ces circonstances très particulières où des gens ont tiré pour tuer des policiers, nous avons maintenu cette doctrine.»

«Mais, dans la rue, on n'est pas face à des silhouettes en papier...»

On est ici au cœur du problème : le contexte très particulier des affrontements à Villiers-le-Bel justifie un changement radical – et généralisé – de l'usage des flashballs. Il ouvre notamment leur utilisation dans des manifestations de voie publique un peu «dures», en tout cas sans rapport avec ce qui s'est passé dans le Val-d'Oise. Et servir à disperser des rassemblements qualifiés d'«attroupements» lorsqu'ils troublent l'ordre public. Au cours des trois années écoulées, cette nouvelle doctrine d'emploi a provoqué une longue série de dégâts corporels – avec des pertes d'œil, notamment à Nantes, Toulouse ou Montreuil (ici sur Mediapart).

Le président Sarkozy signale cette évolution tactique, le 29 novembre 2007, au milieu d'un discours revenant sur les événements de Villiers-le-Bel. L'occasion, pour lui, d'annoncer la diffusion d'une génération de flashballs beaucoup plus puissante : le lanceur de balles de défense 40×46 mm (LBD 40×46). «Il faut aller beaucoup plus vite sur les dotations en armes non létales adaptées à la lutte contre les violences urbaines. Je ne laisserai pas des militaires et des fonctionnaires exposés sans avoir l'équipement nécessaire», déclare le chef de l'Etat, devant les responsables de la police et de la gendarmerie.

Et le président de la République de vanter le nouvel armement : «J'avais à l'époque (en 2005) fait couler un peu d'encre sur le fameux flashball. Il y a une nouvelle génération, n'hésitez pas à l'acheter. 40 mètres c'est mieux que 10 mètres. J'assumerai le débat devant l'opinion publique.» Une note de la DGPN, en date du 9 mars 2009, précise donc : «A l'issue d'une période expérimentale, le moyen de force intermédiaire lanceur de 40×46 va entrer en phase de généralisation. Il viendra compléter ou se substituer au lanceur de balles de défense Super Pro.»

Avec son canon rayé, le LBD 40×46 joue, lui, dans la «première catégorie» (celle des armes à feu à usage militaire). Il est fabriqué par la société suisse Brügger & Thomet. A l'origine, il s'agit d'«une arme de guerre dont on a détourné le projectile pour le rendre sublétal», précise un moniteur de tir de la police. Il autorise «des tirs puissants et précis au-delà du rayon d'efficacité des lanceurs» précédents, selon la documentation policière qui lui attribue une précision «quadruple» par rapport au «Super Pro». Le LBD 40×46 permet «de neutraliser de manière temporaire et avec précision un individu se situant dans un intervalle de distance compris entre 10 et 50 mètres» (instruction du 31 août 2009). Sur le papier, du moins...

Car cette «précision» mérite d'être nuancée, confirme le formateur policier, qui parle sous le couvert de l'anonymat. Certes, le LBD 40×46 permet de «cibler le lanceur de cailloux ou le porteur de cocktails Molotov jusqu'à 50-60 mètres, avec de bonnes conditions de luminosité». Ce lanceur est doté d'un viseur électronique (un cercle rouge indique le point de la cible que le tireur souhaite atteindre, comme le montre le document ci-dessous, issu d'un manuel d'emploi de la police). «Au stand de tir, avec ce système de visée, n'importe qui peut très vite le maîtriser. Mais, dans la rue, on n'est pas face à des silhouettes en papier. Il y a du stress, de la peur, des nuages de fumée et des cibles en mouvement.»

«Des conséquences dramatiques lorsque la partie corporelle atteinte est le visage»

Voilà bien la quadrature du cercle, si l'on entend le moniteur de la police. «Les LBD 40×46 lancent des projectiles légers et à basse vitesse, pour ne pas provoquer d'effets irréversibles chez les personnes touchées. Mais la cible peut bondir en avant, se pencher... Le temps que le projectile atteigne son but, à quelques dizaines de mètres plus loin... Un impact visé au sternum peut se transformer en tir en pleine tête.» Sans même parler des «dégâts collatéraux» causés sur des manifestants qui se trouveraient à proximité.

Un commissaire du Val-d'Oise confirme que «dans le feu de l'action, il est souvent impossible de viser». Sur le terrain, «la réalité est toujours plus complexe et mouvante que la théorie. Quand vous êtes dans la mêlée, avec des assaillants de tous côtés, vous essayez surtout de vous en sortir. Vous n'avez pas le temps de viser, alors, vous faites ce que vous pouvez, et la balle n'arrive pas toujours au bon endroit.»

La cible est d'autant plus difficile à atteindre que, comme l'indique le «manuel d'emploi» du flashball 40×46, ce «nouveau moyen de force intermédiaire» sert à «faire cesser les agissements (des) individus déterminés, auteurs de violences (jets de projectiles divers, atteintes envers des biens et des personnes) qui maîtrisent les limites techniques et opérationnelles des moyens actuellement mis à disposition des fonctionnaires (et) se maintiennent volontairement et délibérément hors d'atteinte de ces derniers».

On peut le dire autrement. Dans des contextes de manifestation ou d'«attroupement» sur la voie publique, les «flash» – comme les appellent les policiers – viennent compléter leurs modes habituels d'intervention (grenades lacrymogènes, interpellations ponctuelles des trublions par des équipes spécialisées). D'où une question cruciale: est-il légitime de disperser un attroupement ou de riposter à des jets de cailloux en tirant avec un tel armement ?

La question est posée par la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS). Notamment dans son avis d'octobre 2008 qui concerne une mobilisation contre la loi Pécresse, un an plus tôt à Nantes, au cours de laquelle un jeune homme avait été atteint au visage d'une balle de LBD 40mm. La CNDS estime que les tirs «à moins de 10-15 mètres» augmentent «considérablement» les risques, avec «des conséquences dramatiques lorsque la partie corporelle atteinte est le visage et plus précisément les yeux».

Ce qui conduit l'autorité administrative indépendante à s'interroger sur «la compatibilité de l'usage d'une telle arme dans le cadre d'une manifestation qui implique une proximité des manifestants et de la police et leur grande mobilité». Dans ce cas précis, elle regrette que le stage de formation théorique et pratique suivi par le tireur n'ait duré «qu'une demi-journée» avec des essais sur des cibles «exclusivement statiques».

Soucieux de promouvoir son «Super Pro», le président du directoire de Verney-Carron, Pierre Verney-Carron, n'hésite pas non plus à souligner les dangers présentés par le LBD 40 mm à faible distance. «La précision d'un tir à 30 mètres suppose que la balle prenne beaucoup de vitesse. À 10 mètres, cela peut faire très très mal, surtout si la balle arrive de travers.» Et de conclure : «Nous, on n'a jamais voulu faire de 40mm, parce qu'on n'a jamais voulu faire d'armes potentiellement létales.»

«La distance minimale d'emploi doit être de 10 mètres pour le lanceur de 40×46...»

Il faut enfin souligner qu'au fil du temps et des nouvelles missions, les conditions juridiques d'emploi des flashballs ont été progressivement élargies. «Dans les débuts, le protocole d'emploi était calqué sur la légitime défense. Mais on est sorti du strict cadre de la légitime défense après les émeutes de Villiers-le-Bel», commente encore le moniteur de la police. On en trouve la traduction administrative dans les textes officiels du début de l'année 2009 : «Les cadres juridiques d'emploi du lanceur 40×46 et du LBD Super Pro ont été étendus afin de favoriser l'action de vos services sur le terrain.»

Trois dispositions légales sont désormais retenues, dans les textes officiels, pour qu'un policier puisse utiliser un flashball. Primo, comme auparavant, le cas juridiquement très encadré de «la légitime défense de soi-même ou d'autrui, article 122-5 du code pénal». Secundo, «l'état de nécessité, article 122-7 du code pénal». Tertio, «dans le cadre des dispositions de l'article 431-3 du Code pénal sur l'attroupement» (à la différence d'une manifestation, il s'agit d'un rassemblement sur la voie publique troublant l'ordre public ; il peut être dispersé, sur ordre de l'autorité civile). Dans tous les cas, l'emploi des lanceurs doit rester «strictement nécessaire et proportionné».

Résumons : la «légitime défense» permet les tirs à très courte distance, si les contraintes juridiques sont respectées. Mais, dans les autres cas, «la distance minimale d'emploi doit être de 10 mètres pour le lanceur de 40×46 et de 7 mètres pour le LBD Super Pro» afin «d'éviter tout risque de lésion corporelle grave, pouvant être irréversible», selon les textes officiels de la police. De même, «le tir avec visée au-dessus de la ligne des épaules ou dans la région du triangle génital doit être proscrit, la zone de tir à privilégier étant le buste, les membres supérieurs et inférieurs».

Après le drame très médiatisé de Montreuil, en juillet 2009, une nouvelle instruction du DGPN apporte deux précisions importantes. Frédéric Péchenard y insiste sur l'utilisation «principale et prioritaire» du flashball dans le cadre de la légitime défense. «Sous le contrôle permanent de la hiérarchie, son usage doit toujours être nécessaire, s'inscrire dans le cadre d'une riposte ou d'une action proportionnée et être réalisé avec discernement» (instructions relatives à l'emploi des deux types de lanceurs de balles de défense – Super Pro et 40×46 – datées du 31 août 2009).
Le «flash» va en tout cas se développer dans la police. Des moyens financiers importants (1,4 million d'euros) sont prévus dans la loi de finances pour 2010 afin de «poursuivre l'équipement en armement à létalité réduite», la «priorité» étant donnée à l'achat de 500 lanceurs de 40 mm. Des commandes de munitions sont également programmées : 7.850 pour les nouveaux flashballs et 18.500 pour les anciens, pour un montant de près d'un million d'euros.

Ainsi va la généralisation des flashballs, qui subiront le feu des critiques à chaque nouveau drame qu'ils ne manqueront pas de provoquer. Car les conditions d'usage ne cessent de s'agrandir et on est désormais bien loin de l'effet «dissuasif» initialement affiché.

A l'origine, le LBD 40×46 était ainsi doté d'une crosse jaune, pour être facilement repérable et ne pas être confondu avec une arme d'épaule. «On a fini par abandonner le jaune, car les tireurs de la police devenaient des cibles privilégiées, commente le moniteur de tir. L'arme est désormais noire de la tête au pied. Mais les émeutiers ont vite fait de repérer son utilisateur. Du coup, pour rester hors de portée des jets de projectiles, le tireur doit se poster à plus de trente mètres de ses cibles potentielles»... Avec les incertitudes de tir que l'on sait et le risque constant de nouvelles blessures irréversibles causées par cette arme de plus en plus banalisée.

dimanche 13 décembre 2009

Le Figaro vante le nouvel équipement policier

Le policier du futur étoffe sa panoplie

Christophe Cornevin
16/11/2009

Elle est conçue pour s'adapter aux dernières tendances de la délinquance. Ces innovations pourraient se généraliser à l'horizon 2012.

Alors que l'efficacité de la multiplication des effectifs en tenue sur le terrain est de moins en moins évidente et que les budgets sont à la rigueur, le policier poursuit une spectaculaire métamorphose. L'époque du gardien en pèlerine et de son antique sifflet à roulette est révolue. Au moment où Milipol, le Salon mondial de la sécurité intérieure des États fête à partir de mardi ses 25 ans à la Porte de Versailles de Paris autour d'un millier d'exposants high-tech, Le Figaro dresse le portrait-robot du policier de demain. Loin de la science-fiction puisque ces équipements devraient se développer dans les toutes prochaines années.

Informé par des caméras

Cliquez sur l'image pour l'agrandir.
La vidéosurveillance, dont le nombre de caméras va tripler, ne suffit plus. Le policier nouveau fait appel à la troisième dimension : «La police loue des avions de surveillance pour les grands événements tels que la Coupe du monde de rugby ou le réveillon de la Saint-Sylvestre, confie Patrick Guyonneau, ingénieur en chef de l'armement et patron du service des technologies de la sécurité intérieure (STSI). Lancé il y a deux ans, un programme de minidrones commence à trouver des applications opérationnelles.» Ainsi, l'aéronef de poche Elsa à aile fixe peut venir en appui pour n'importe quelle mission de renseignement : maniable, projetable à deux kilomètres de son point d'envol, il est truffé de caméras à grande focale, fonctionnant de jour comme de nuit. Un drone quadricoptère miniature de la taille d'une boîte à chaussures complète l'attirail : léger et lui aussi silencieux, ce mouchard du ciel est capable d'espionner en vol stationnaire. Au sol, un camion régie surmonté d'un objectif à haute résolution filmera, à des fins judiciaires et d'identification, les casseurs. Le policier lui-même porteur d'une microcaméra «piéton» enregistrera vidéos et sons en patrouilles. Idéal pour éviter toute forme de «bavure».

Mieux protégé

«Face à la radicalisation croissante de certaines franges de la population contre la police, tout est fait pour mieux protéger nos hommes», martèle-t-on à la Direction générale de la police nationale (DGPN). Doté d'un casque durci dont la visière est plus résistante, le policier va porter des lunettes ergonomiques résistant aux plombs de chasse, comme ceux qui avaient été tirés à Villiers-le-Bel. Au besoin, un curieux bouclier souple, plus maniable, le placera à l'abris des balles tandis que de nouveaux gilets sont censés résister à la plupart des calibres en circulation. Grâce aux dernières évolutions de l'industrie des textiles, les tissus des tenues, plus résistants, protégeront contre les armes blanches. Pour compléter leur arsenal, des centaines de «lanceurs de 40 mm» vont être distribués : jaune et noire, cette arme non létale fera mouche à 50 mètres, c'est-à-dire au-delà du jet de pavé ou de cocktail Molotov. Pour l'heure, le flash-ball n'est précis qu'à quinze mètres… Alimenté par une multitude de munitions, le «LDB 40» pourra marquer à la peinture indélébile des manifestants violents pour mieux les appréhender. Ou les affaiblir grâce à la dernière trouvaille antiémeute, une munition incapacitante à base de poivre de Cayenne appelé à remplacer le lacrymogène.

Plus mobile et communiquant

Un policier pose, le 21 mars 2008 au ministère de l'Intérieur à Paris, avec un lanceur de balles de défense (40 mètres).
Un policier pose, le 21 mars 2008 au ministère de l'Intérieur à Paris, avec un lanceur de balles de défense (40 mètres). Crédits photo : AFP

Gagner en autonomie pour mieux se projeter sur le terrain «Grâce à son assistant personnel électronique (PDA) et son terminal informatique embarqué (TIE), le policier à pied doit disposer d'un environnement complet, comme au commissariat», précise Patrick Guyonneau. En temps réel et sans revenir au bureau, chaque policier pourra interroger les fichiers des personnes recherchées, des véhicules volés ou des permis de conduire, recevoir des photos ou des portraits-robots de suspects en trois dimensions ou encore dresser un procès-verbal électronique. Géolocalisée, sa position sera communiquée en permanence, ainsi que celle des effectifs les plus proches.

Des prouesses scientifiques

Profitant de véritables prouesses en termes de miniaturisations, les enquêteurs vont systématiser la police technique et scientifique de masse. Des kits portables de «détection-révélation» identifieront en quelques dizaines de secondes des poudres ou traces suspectes de drogues ou d'explosifs. D'ici à quelques années, les «blouses blanches» de terrain révéleront des empreintes sur un cambriolage en prélevant des traces grâce à des «lampes miniatures multispectrales». Enfin, par l'apport des biotechnologies, des puces révéleront plus vite l'ADN des indices collectés, mais aussi l'analyse des odeurs piégées sur une scène de crime. Les Experts risquent d'être dépassés.

Opération spéciale Médiapart/Flashball

Opération spéciale de Mediapart/Flashball à Montreuil
enquête sur les violences policières de juillet
09 Décembre 2009 Par
Carine Fouteau

Le 8 juillet 2009, dans un quartier de Montreuil-sous-Bois, un manifestant est atteint en plein visage d'une balle de flashball tirée par un policier. Hospitalisé à la suite de l'impact, Joachim Gatti, réalisateur de 34 ans, perd un œil. Cet événement, qui s'inscrit dans une longue série de blessures à la tête à Nantes, Toulouse, Neuilly-sur-Marne ou encore Villiers-le-Bel, provoque un mouvement de protestations inédit.

Entre autres, des cinéastes signent une pétition dénonçant la «spirale de la répression» et l'«arbitraire opaque» de la police. «Nous ne comptons pas rester dans le silence», écrivent-ils. En écho à cet engagement, Mediapart diffusera, à partir de jeudi 10 décembre, une quarantaine de films dont l'intention est de répondre collectivement à un flagrant délit de violence policière.

Retour sur les faits. À 6 heures du matin, ce mercredi de juillet, l'ancienne clinique située à la Croix-de-Chavaux, occupée depuis six mois, est évacuée sur ordre de la préfecture de Seine-Saint-Denis. Le lieu, inutilisé par son propriétaire, sert de logement à une vingtaine de personnes et accueille des projections de films, des concerts, une permanence sur les droits sociaux et la rédaction d'un journal. Selon des témoins, l'expulsion a lieu «dans le calme». Les agents du RAID participent à cette opération à l'occasion de laquelle le quartier est «quadrillé pendant deux heures».

En début de soirée, les résidents et leurs soutiens organisent, à l'entrée de la rue piétonne de la ville, un rassemblement sous la forme d'une «cantine de rue», avec distribution gratuite de gnocchi. La situation dégénère à proximité de l'ancienne clinique. Des feux d'artifice et des pétards sont lancés, les manifestants s'y rendent. Les forces de l'ordre interviennent et tirent avec leurs flashballs. Joachim Gatti tombe à terre, sans recevoir de secours de la part des policiers.

L'évacuation de la clinique le 8 juillet au matin à Montreuil.
L'évacuation de la clinique le 8 juillet au matin à Montreuil.

Sur la brèche, la préfecture communique dès le lendemain. Elle évoque des «tirs de projectile» et «trois arrestations» mais nie d'abord la présence de blessés. Puis, revenant sur sa version initiale, elle déclare qu'«il n'y a pas de lien établi de manière certaine entre la perte de l'œil et le tir de flashball». Sur Mediapart, une militante du Groupe d'information et de soutien des immigrés (Gisti) raconte ce qu'elle a vu: «Il n'y a eu aucune bagarre ou confrontation avec la police, aucune sommation. Ils étaient à cinq mètres (des manifestants) et ils ont tiré plusieurs fois avec leurs flashballs. Cinq personnes (ont été) touchées, toutes au-dessus de la ceinture.»

Transmis fin juillet au juge d'instruction après l'ouverture d'une information judiciaire par le parquet de Bobigny, le rapport de l'Inspection générale des services (IGS) n'émet aucun doute sur le lien de cause à effet. D'après nos informations, il apparaît non seulement que, selon le commissaire principal, «les fonctionnaires (de police) n'étaient pas habilités à faire usage de leur flashball (ce soir-là) compte tenu de la nature du service» – à savoir du maintien de l'ordre – mais aussi qu'ils n'ont pas respecté les consignes d'utilisation – les distances de sécurité et les parties du corps à éviter.

D'autres éléments avancés par la «police des polices» mettent à mal l'hypothèse de la légitime défense: alors que la préfecture évoque des jets de projectiles, l'IGS rapporte le témoignage d'un lieutenant selon lequel «les circonstances ne rendaient pas l'usage du flashball nécessaire». Au nombre d'une trentaine, les policiers n'étaient pas non plus en sous-effectif. Quatre tirs ont été répertoriés et au moins deux tireurs identifiés, ce qui contredit le scénario d'une responsabilité individuelle.

Selon plusieurs témoins interrogés par Mediapart, «les policiers n'avaient aucune raison de se sentir menacés. Ils ont tiré, non pas pour se défendre, mais pour faire peur, pour obliger les gens à rentrer chez eux». La question de la non-assistance à personne en danger mérite d'être posée: interrogé par l'IGS, le pompier ayant porté secours au blessé confirme qu'à aucun moment il n'a eu affaire aux policiers. Malgré la requête d'Irène Terrel, l'avocate de Joachim Gatti, le procureur n'a pas retenu cette infraction.

«Comme partout nous essayons d'habiter»

À la suite de l'enquête, un des fonctionnaires de la brigade anti-criminalité (BAC) est mis en examen, fin septembre. En attendant son procès, il n'est plus autorisé à porter d'armes, mais il continue à patrouiller. Malgré la désignation d'un suspect, l'affaire est loin d'être close. Au moment où les pouvoirs publics cherchent à accréditer la thèse d'une «menace anarcho-autonome» en France, une question majeure reste en suspens: qu'est-ce qui était visé par la police ce soir d'été à Montreuil?

Cinq jours après les tirs de flashballs, des habitants de la ville, de tout âge et de tout horizon, se regroupent à nouveau pour protester contre les violences policières. Un texte de Joachim Gatti est lu au mégaphone: «C'est bien nos gueules qu'ils visaient, c'est bien nos gueules qu'ils voulaient casser.»

Ce qui lui est arrivé, dit-il en substance, n'est pas le résultat d'une «bavure» mais d'une volonté de réprimer un mode de vie contestataire: «Il y a cinq jours, j'ai perdu mon œil droit. Il faisait nuit sur la place du marché. Nous étions ce jour-là descendus dans la rue pour dire que nous resterions là, pour dire que ce que nous avons commencé à construire à la clinique occupée, nous le continuerons. Nous avons commencé par des gnocchi, des centaines de gnocchi, confectionnés dans une autre maison occupée dont l'expulsion est imminente, elle aussi. On a posé quelques banderoles, on a sorti les grandes casseroles, et voilà que la rue piétonne n'était plus tout à fait la même. On l'habitait, comme on a habité la clinique, comme partout nous essayons d'habiter, d'être présents au monde, à la ville, au quartier où nous vivons, à ceux qui nous entourent, à nous-mêmes. Présence, quand partout on voudrait notre absence, absence à la politique, au social, aux soins, à la culture, bref à la société. Présence, quand il devient toujours plus difficile de se loger, de se nourrir, de se soigner, de se déplacer. Présence, quand une partie d'entre nous est traquée au quotidien, dans le métro, à la sortie du boulot, dans leur maison (...)»

Lecture de textes au mégaphone, le 13 juillet à Montreuil.
Lecture de textes au mégaphone, le 13 juillet à Montreuil.

Lors des rassemblements des 8 et 13 juillet, tracts et banderoles, d'un côté, paroles policières, de l'autre, témoignent d'une lutte pour occuper l'espace public, comme le montrent les enregistrements vidéo diffusés sur Internet. Aux slogans des manifestants, «Police hors de nos quartiers», «Police partout, justice nulle part», répondent les ordres des policiers, «Reculez derrière la ligne, reculez derrière la ligne!», et leur cri de victoire, «On tient la rue, les gars, on tient la rue !"

Le fantasme de l'«ultra-gauche»

Cette confrontation s'inscrit dans une tension récurrente à Montreuil, notamment autour des arrestations de sans-papiers. Un exemple, parmi d'autres: au printemps 2008, des «déambulations festives» sont organisées à l'initiative de l'Assemblée de Montreuil contre les expulsions. Chaque semaine, des manifestants circulent dans la ville, au départ de foyers de travailleurs immigrés pour informer les habitants de la mise en place d'un «numéro d'urgence anti-rafle». En créant une chaîne téléphonique, ce dispositif permet d'alerter tout un réseau de personnes susceptibles de se mobiliser rapidement.

Le 4 juin, un sans-papiers est interpellé dans une cabine téléphonique à proximité de la rue Rochebrune, là même où un cortège se prépare à partir. Les participants dévient vers le commissariat pour demander sa libération. Les policiers font usage de la force (coups de matraques, bombes lacrymogènes, tirs de flashballs) et interpellent huit manifestants, dont trois en situation irrégulière. Cinq personnes sortent libres du commissariat, à la suite de l'intervention de Dominique Voynet, maire (Verts), mais les sans-papiers sont maintenus en garde à vue et poursuivis. L'un d'entre eux a pourtant été la cible d'un tir de flashball qui l'a atteint au bas-ventre. Aucun policier n'est inquiété dans cette affaire.

La Commission nationale de la déontologie de la sécurité, autorité administrative indépendante, est sollicitée. Dans un avis du 1er décembre 2008, elle dénonce des «blessures injustifiées» et un usage de la force «disproportionné». Les propos qu'elle rapporte du commissaire de la ville donnent des indications sur l'état d'esprit des forces de l'ordre le 8 juillet 2009: ce fonctionnaire de police se plaint de l'existence à Montreuil d'un «noyau très actif de militants» qu'il qualifie de «gens de l'ultra-gauche». Il met en cause leurs modes d'action, qui «gênent» les policiers lorsque ceux-ci procèdent à des contrôles d'identité. Il évoque également ses «mauvais» rapports avec la maire, «en raison du soutien qu'elle a apporté aux manifestations et au sentiment hostile à la police qu'elle a manifesté».

Un an plus tard, le tribunal correctionnel de Bobigny prononce la relaxe pour les mises en examen de violences et de dégradations, ne retenant que la participation à une manifestation non autorisée. Le délibéré, donnant raison à la défense, est rendu le 26 juin 2009. De quoi exaspérer les forces de l'ordre locales, deux semaines avant le tir de flashball dont a été victime Joachim Gatti. De quoi alimenter aussi le fantasme: le 28 mai 2009, Julien Coupat, désigné par Michèle Alliot-Marie, lorsqu'elle était ministre de l'intérieur, comme le chef de file d'un groupe «appartenant à l’ultra-gauche, mouvance anarcho-autonome», est libéré de la prison de la Santé. Il se voit imposer un contrôle judiciaire l'obligeant à aller pointer une fois par semaine au commissariat de... Montreuil.

Au moins une dizaine de mutilations en quatre ans

Des manifestations contre la politique du gouvernement (pouvoir d'achat, université, logement) aux face-à-face quotidiens dans les cités, les cas documentés de mutilations au visage, au moins une dizaine depuis quatre ans, signalent une banalisation d'un usage «disproportionné» du flashball. Outre la dangerosité de cette arme dite à «létalité réduite», ils illustrent le black-out de l'administration sur ses conditions d'emploi et la difficulté des blessés à obtenir réparation.

Malgré deux ans de «bâtons dans les roues», Luc Douillard ne baisse pas les bras. À 16 ans, son fils a été atteint à l'œil lors d'un défilé organisé contre la loi Pécresse à Nantes en novembre 2007. «Non seulement la procédure judiciaire n'avance pas, indique-t-il, mais en plus on n'arrive pas à avoir d'informations précises sur ces armes. L'administration refuse systématiquement de répondre à nos questions. Du coup, on essaye de rassembler le plus de données possibles par nos propres moyens. Cette absence de transparence est inacceptable.» Sur un blog, il répertorie les tirs hors du cadre légal, tout en pointant, en le regrettant, que «beaucoup de cas ne sont pas connus». Il prend contact avec les uns et les autres, dans le but de «se fédérer pour que ça n'arrive plus». Et plaide pour l'interdiction du flashball dont il dénonce un «usage de la terreur». «Lors de la mobilisation au cours de laquelle notre fils a été mutilé, ajoute-t-il, les policiers ont atteint leur but: après le tir, le mouvement s'est arrêté. On mutile un gamin et ça crée une frayeur, les gens n'osent plus sortir de chez eux.» À la violence de la blessure irréversible, s'ajoute la déception à l'égard de la procédure judiciaire. «Le tireur a été identifié, pourtant il n'est toujours pas mis en examen et peut continuer à se servir de son arme», regrette Luc Douillard, qui s'inquiète également du sort réservé à la hiérarchie du policier concerné.

Touché au visage lors d'une manifestation interprofessionnelle en mars 2009 à Toulouse, Joan Celsis attend lui aussi beaucoup de son procès, même s'il dit «ne pas se faire d'illusion sur le temps que cela va prendre»: «D'abord, je souhaite que le tireur soit identifié pour être confronté à lui, ensuite je veux que l'on m'explique pourquoi des policiers, qui n'étaient pas en danger puisque nous étions en train de nous disperser, ont jugé utile non seulement de tirer, mais en plus au-dessus de la ceinture.» «Il n'y a eu aucune sommation, poursuit-il, aucun tir de lacrymogène, on ne l'a pas vu venir. J'étais en train de me dire, c'est fini, on s'en va, et ça m'a fait comme un gros coup de poing.» «C'est sûr qu'il s'agit de nous faire peur, de nous décourager de sortir de chez nous pour manifester. Mais l'effet peut être inverse, ça crée aussi une solidarité et ça nous donne envie de ne pas nous laisser faire», conclut-il.

L'absence de décisions de justice connues sur ce genre d'affaires laisse les «gueules cassées» du flashball dans l'incertitude. La lenteur des procédures judiciaires pourrait, avec le temps, transformer le désir de vérité en colère. Il suffit de se souvenir de Zyed Benna et Bouna Traoré, morts électrocutés après avoir été poursuivis par la police, pour s'en convaincre. Voilà quatre ans que les familles et les amis attendent que justice soit faite. En vain.

A propos du CLEJ "Collectif Liberté Egalité Justice"

Quotidien Libération 13 novembre
Répression, intimidation: le gouvernement mis sous surveillance

Une vingtaine d'organisations associatives, syndicales et politiques se donnent pour mission de recenser les tentatives gouvernementales visant à décourager l'engagement militant et l'expression critique.

JUSTINE LAFON

«Dénoncer la répression de la contestation», tel est le credo du Clej – Collectif Liberté Egalité Justice –, une organisation créée en 2007 et qui rassemble une vingtaine d'associations, syndicats et partis politiques d'opposition.
Le collectif a lancé, en juillet 2009, un appel de mobilisation contre les dérives policières suite à un tir de flashball ayant entraîné la perte de l'œil d'un homme alors qu'il manifestait contre l'expulsion d'un squat à Montreuil. L'appel a été signé par 73 organisations très diverses, de Act up Paris à Témoignage Chrétien en passant par Les Verts.

Fort de ce «succès», le collectif s'engage aujourd'hui à «recenser et analyser de façon régulière toutes les formes d'intimidation à l'expression militante et à la contestation sociale», explique lors d'un point presse Matthieu Bonduelle, secrétaire général du Clej et juge d'instruction au Tribunal de grande instance de Bobigny. L'objectif est de «donner une meilleure visibilité à des cas typiques de répression», poursuit-il.
«Nous allons recenser ces atteintes et publier de manière régulière un document sur internet afin de contrer les arguments qui disent c'est de la paranoïa, et de permettre au grand public de se faire une idée», a précisé Matthieu Bonduelle.

«Une mission de veille active»

Si le collectif souhaite contrer la tendance actuelle de ce qu'ils qualifient de «régression sécuritaire»c'est parce que ses membres affirment en être régulièrement les témoins, tant dans leur pratique professionnelle que militante.
Parmi ces pratiques répressives, le Clej dénonce de nombreuses procédures pour outrage injustifiées, une inflation des poursuites pour refus de prélèvement d'ADN, des dérives policières et des pressions hiérarchiques dans les fonctions publiques qui se multiplient. «L'année 2009 est particulièrement riche à ce niveau là», estiment les membres du collectif.
Seuls chiffres pour preuve : en France, sept personnes ont perdu un œil suite à un tir de flashball depuis 2005, dont cinq en 2009.
L'exemple récent du député UMP Eric Raoult qui a appelé à un «devoir de réserve» pour les lauréats du prix Goncourt est, par ailleurs, symptomatique de la tendance «inquiétante» des «délits d'expression», selon Dominique Noguères, vice-présidente de la Ligue des Droits de l'Homme.
Il ne s'agit plus seulement de «pénalisation des mouvements sociaux», aujourd'hui «le pouvoir politique tente de décourager les initiatives citoyennes». «Nous sommes dans une dynamique où l'on s'en prend à ceux qui dénoncent l'entrave à la justice sociale», déplore Matthieu Bonduelle.

«Il est temps de faire un bilan»

Par ailleurs, le collectif regrette qu'aucun bilan n'ait été fait sur les réformes du gouvernement qui vont dans le sens d'une plus forte répression.
Face à la «production frénétique de textes, on demande depuis longtemps des moratoires afin de faire un point sur leur efficacité», indique Céline Curt du Syndicat des Avocats de France.
Pour le secrétaire général du collectif, «les affaires pénales sont gérées, en gros, par Nicolas Sarkozy et son entourage depuis 2002, il est temps de faire un bilan».

Orbital and ocular trauma caused by the Flash-Ball®: A case report

doi:10.1016/j.injury.2009.05.026
Copyright © 2009 Elsevier Ltd All rights reserved.
Case report


Orbital and ocular trauma caused by the Flash-Ball®: A case report

Virginie Pinauda, , , Philippe Lecontea, , Frédéric Berthierb, , Gilles Potela, and Benoît Dupasc,

a/ Pôle Urgences, Hôtel Dieu, Centre Hospitalier Universitaire, BP 1005, 44093 NANTES Cedex 1, France
b/ SAMU, Hôtel Dieu, Centre Hospitalier Universitaire, BP 1005, 44093 NANTES Cedex 1, France
c/ Pôle Imagerie, Hôtel Dieu, Centre Hospitalier Universitaire, BP 1005, 44093 NANTES Cedex 1, France

Accepted 22 May 2009. Available online 16 June 2009.

The Flash-Ball® is a new less-lethal handgun developed by the French arms manufacturer Verney-Carron (St Etienne, France). Since 1995, it has been used by several special units of the French Police (GIPN Groupe d’Intervention de la Police Nationale, BAC Brigade Anti Criminalité and RAID Recherche Assistance Intervention Dissuation, all of whom are SWAT equivalents) and by other law enforcement and police forces. Its efficacy is based on a dissuasive look and its detonation, as well as the resulting impact which is equivalent to a technical knockout (KO). It is alleged that there is no skin penetration through clothes, even in the case of a close-range shot. Indeed, the kinetic energy of the rubber ball is deployed on impact to a large cross-sectional surface (35 cm2); it crushes the target rather than perforating it as is done by classically fired bullets.9 However, the relative low risk of this weapon may be questioned in real life.

Case report

The Emergency Department of our University Hospital (SAMU) received an emergency call in response to a gun attack on a bus driver. At that time, the patient was conscious and complaining of a headache and vomiting. Upon arrival at the scene, the paramedics of the Emergency Fire Brigade Service identified an injury to the right side of the patient's face sustained by a Flash-Ball® gun. The Glasgow Coma Scale score was 15 after a short loss of consciousness. Blood pressure was 149/99 mmHg, heart rate was 72 beats/min and respiratory rate was 22/min. Pain was scored 10 on a numeric scale ranging from 0 to 10. After a peripheral intravenous (iv) placement, an iv injection of morphine (5 mg) and paracetamol (1 g) was performed. An oedema of the eyelid and a bloody wound at the location of the right eye without apparent cerebral substance were also noted. Upon arrival at the hospital, the patient remained alert, calm and responsive, normotensive and normoxic but pain was scored at 8. The eye was not seen behind the eyelid but has been replaced by an orbital foreign body. A bilateral epistaxis was stopped spontaneously. Clinical neurologic exam was normal. The head and face computed tomography (CT) scan revealed a spherical foreign body and no eye in the right orbit, pneumoencephalus and multiple fractures: orbital roof and floor, medial orbital wall, ethmoid cells, frontal and maxillary haemosinus and fat hernia (Fig. 1, Fig. 2 and Fig. 3).

Fig. 1. Axial head CT scan without injection. Right orbital foreign body.

Fig. 2. Coronal head CT scan without injection. Right orbital foreign body.

Fig. 3. 3D reconstruction of the skull. The 44 mm rubber ball of the Flash Ball® is impacted in the right orbit.

After the emergency department evaluation and the advice of specialised surgeons, the patient was moved to the operating room. A surgical exploration of the right side of the face under general anaesthesia revealed a wound with loss of the internal half of the inferior eyelid, a rupture of the canthal tendon and inferior lachrymal duct, a conjunctival wound of the superior eyelid with loss of tissue exposing the levator muscle. A fracture of the upper jaw bone, a fracture with loss of bone of the orbital floor, a lesion of the infra orbital nerve, a ruptured ocular globe with burst contents, and a powder tattoo at the periorbital site, on the cheek and on the superior lip were also noted. The patient was operated on simultaneously by a maxillofacial surgeon and an ophthalmologist and the ocular globe was reconstructed with sutures of the ocular muscles. The patient was discharged home on post-injury day 7 and scheduled for delayed ophthalmic surgery (ocular prosthesis). The patient returned for subsequent visits and local care with her ophthalmologist during the ensuing months.

Discussion

Less-lethal technologies are developed to incapacitate and neutralise dangerous, aggressive or violent individuals or groups in civil or war contexts without inducing lethal or serious injuries. The legal weapons are used by law enforcement agencies and police forces in many countries including France. They are also advocated for self-defence. These reduced wounding weapons are numerous according to the type of guns and projectiles available: rubber or plastic bullets,[16] and [24] Flash Ball®,8 bean bag (synthetic bag filled with lead pellets),4 the electroshock weapon Taser® (Thomas A. Swift's Electric Rifle) delivering a shock of high voltage and low intensity.7 The low morbidity/mortality of these weapons are questioned by several publications reporting the field realities.[3], [4], [6], [10], [11], [14], [15], [16], [17], [18], [19], [20], [22], [23] and [25] Even when used in optimal conditions, these weapons represent a potential risk of severe injuries.
The first less-lethal impact weapon utilisation was reported in civil riots in Hong Kong during the 1950s and 1960s with severe casualties. The ammunition was wooden baton rounds (universally referred to as wooden bullets).23 In Northern Ireland, 14 deaths (of which seven victims were below 15 years of age) were attributed to plastic bullets hitting heads, faces and necks during widespread rioting.24 Life threatening and serious injuries are linked to the velocity and resulting impact of the projectiles on vulnerable areas of the body.2
Deaths occurring after Taser® use are also reported, leading to a call for review of its use.12 Few reports, however, are available on injuries caused by the Flash Ball®. The Flash Ball® gun is available in two versions: the super-pro version features vertically stacked barrels and is made from metal alloys (Fig. 4) while the compact version is made from lighter composite materials with the twin barrels side by side.


Fig. 4. The super-pro version of the Flash Ball® from the web site http://www.flash-ball.com/pages-fr/i_fb_tech.htm.

Both versions of the weapon can be used to fire a variety of ammunition. A soft 44 mm rubber ball is the most common type. Its stopping power of 200 J at 2.5 m is equivalent to that of a 38 special and achieves the same effect as an uppercut of a champion boxer.9 The other types of ammunition include soft rubber buck-shots, a dye ball containing oil and non-toxic yellow-dye, and a tear powder ball. In France, sale and use of the Flash Ball® is controlled by law statements1 and the Flash Ball® is not considered as a war arm. The super-pro version is classified in the 4th category (licence for acquisition and holding of defensive fire arms with ammunition) whereas the compact version is classified in the 7th category (arms and ammunition for shooting-gallery, fair or show-room). The few data on ballistics and instructions for use are only available from the manufacturer.9 An approximation of the ballistic characteristics of the Flash Ball® may be assessed by a study of a similar weapon (function, rubber ball and energy on impact), the MR35 developed by Manuhrin (Mulhouse, France).[21] and [26] Close-range shots may result in severe wound injuries due to the potential penetration of the projectile. No strict guidelines are given for optimal safety use, i.e. avoid shooting the weaker, more vulnerable parts of the body such as the head, face and neck; and the strict compliance with minimum firing range. On their website, the manufacturers indicate “by virtue of projectiles studied to avoid, even at extremely short distances, penetrating a normally clothed person, the Flash Ball® provokes on impact the equivalent of a technical KO”.9 Nevertheless, injuries by Flash Ball® are reported. In a case report published recently,26 the authors reported a case of a patient neutralised by a police officer. The patient was shot once in the chest from a distance of approximately 2 m. Upon admission to the emergency department, examination revealed a large contusion with crepitation on the lower anterior chest and the xiphoid. A CT scan of the chest identified a pulmonary contusion. Troponin I level was elevated but Ecg remained normal. The patient was discharged the next day.
Lavy and Asleh reported a series of 42 patients admitted at the St John Eye Hospital of Jerusalem during the Second Intifada for ocular and orbital rubber bullet injuries.13 The improved rubber bullets (IRB) were flat-ended rubber-coated metal cylinders. The types of injuries were laceration of skin lids (54%), hyphaema (40%), ruptured globe (38%), orbital fracture (38%) and retinal damage (26%). Rubber bullets remained lodged in or around orbits in nine out of the 42 patients. Over half (53%) of the patients were left with visual acuity worse than 6/60 and almost a third (29%) had no perception of light in the injured eye.
A death from a suicidal shot in the mouth with a rubber shot shell was also published, underlying the danger of the so-called non-lethal weapons when the recommended minimum firing distance is not observed.5 The close-range of the contact shot observed in our case report explains the severity of the injury.

Conclusion

Even if the penetrating power of the less-lethal weapons seems to be limited, the impact may produce distant and severe injury. Skin penetration may be observed due to the high-energy impact delivered by a short-range shot with resultant severe or lethal injuries. Our report emphasises the real potential of the less-lethal weapons (i.e. the Flash Ball®) for causing casualties. They are not to be fired at the head and if the globe is hit, it is rarely salvageable. Strict compliance with clear guidelines is therefore essential when using them.

References

1 Arrêté du 30 avril 2001 relatif au classement de certaines armes et munitions en application du B de l’article 2 et de l’article 5 (a) du décret no 95-589 du 6 mai 1995 modifié relatif à l’application du décret du 18 avril 1939 fixant le régime des matériels de guerre, armes et munitions (NOR: DEFC0101483A). Journal Officiel de la République Française. 16 Mai 2001 (113) http://www.droit.org/jo/20010516/DEFC0101483A.html.

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