libellés

vendredi 14 novembre 2014

Tableau récapitulatif des blessés [14 novembre 2014]

Le très gros mensongevoir le tableau des victimes ci-dessous — du Ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve lors de sa conférence de presse du jeudi 13 novembre 2014, lors de laquelle il annonce l'interdiction de l'utilisation des grenades offensives dans les opérations de maintien de l'ordre :
(...) Ces décisions s’inscrivent dans ma conception du maintien de l’ordre, et plus largement des forces de sécurité. La mission des forces de l’ordre, c’est de protéger les libertés publiques autant que de faire respecter l’ordre public. La mission des forces de l’ordre, c’est de garantir à tous, quelles que soient les opinions ou les revendications, le droit de s’exprimer, de protester et de manifester.
Les CRS et les gendarmes mobiles remplissent une mission républicaine et juste, difficile aussi. Ils sont les garants du droit de manifester. De ces principes consubstantiels à notre démocratie, découle la doctrine française du maintien de l’ordre.
Elle repose sur un parti pris opérationnel : celui de maintenir les manifestants à distance des forces de l’ordre pour que, même en cas de violences exercées contre elles – et c’est hélas de plus en plus souvent le cas – il n’y ait pas de contacts physiques qui risqueraient de provoquer des blessures sérieuses ou des drames de part et d’autre.
Cette posture opérationnelle a fait ses preuves. Les accidents graves sont rares, même lors de déchaînements de violences, et de nombreux pays reconnaissent la pertinence de notre modèle en faisant former, en France, leurs unités de maintien de l’ordre, comme les Etats-Unis ou le Canada par exemple.
Les techniques de maintien à distance employées dans les pays qui font ce choix tactique peuvent être différentes. Aucune n’est exempte de risques. La France s’appuie, depuis des décennies, sur l’utilisation d’une gamme de munitions qui correspondent à une gradation de la réponse, proportionnée à l’évolution de la physionomie des manifestations lorsque des violences apparaissent : grenades lacrymogènes simples, grenades de désencerclement, grenades lacrymogènes à effet de souffle. Les forces mobiles de la police et de la gendarmerie en sont toutes deux dotées. Les grenades lacrymogènes et les grenades lacrymogènes à effet de souffle peuvent être lancées à la main ou tirées à l’aide de lanceurs.
La gendarmerie nationale est en outre la seule force à être dotée de grenades à effet de souffle non lacrymogènes, plus puissantes, compte tenu des interventions qu’elle est amenée à conduire sur des terrains ouverts, en zone rurale notamment. Ces grenades, dites offensives, sont exclusivement lancées à la main, à distance du groupe qu’il est nécessaire de disperser par l’effet de souffle produit par ces grenades.
Toutes ces munitions ont un effet collectif. Les deux forces sont par ailleurs dotées de lanceurs de balles de défense en caoutchouc pour arrêter ou dissuader les agressions individuelles.(...) [texte issu du site du Ministère de l'Intérieur]
Télécharger le tableau en PDF

jeudi 13 novembre 2014

Interdiction des flashball : chronique politique sur France Inter

Chronique de l'éditorialiste politique Thomas Legrand le vendredi 14 novembre 2014 dans l'émission "La matinale de France Inter" à 7 h 45.
Bernard Cazeneuve interdit définitivement les grenades offensives dans le cadre du maintien de l’ordre.

Oui, la France, de par sa culture protestataire, avait développé une science (on peut appeler ça comme ça) du maintien de l’ordre. Des policiers et gendarmes français vont même régulièrement former leurs confrères étrangers. 1968, avec aucun mort à Paris, est considéré comme une prouesse, tout comme les émeutes de 2005 sans victimes. Nicolas Sarkozy peut d’ailleurs s’en enorgueillir. Il ne s’en prive pas. Depuis 1944, et la création des CRS, les gouvernements prétendent faire du maintien de l’ordre « républicain », c'est-à-dire en prenant bien soin de provoquer le moins de victimes possible. Cette doctrine a aussi connu de tragiques et sanguinaires impasses, comme lors de la répression des Algériens de France en octobre 1961. Mais les temps ont changé et l’époque où les CRS chargeaient, matraque à la main, avec un simple casque, un bouclier en plastique et cravate au vent, comme en 68, est révolue. La mobilité des manifestants les plus jeunes s’est accrue. L’objectif des groupuscules violents n’est plus de prendre un bâtiment public facile à défendre mais la destruction de biens symboliques ou l’affrontement direct avec la police. La « Robocopisation » des forces de l’ordre est en marche. Il s’agit d’impressionner et de se protéger. Mais, avec cet accoutrement agressif, les policiers deviennent une cible attrayante pour de jeunes manifestants avides de confrontation directe et spectaculaire. L’importance des images est devenue primordiale, comme dans toutes activités publiques.

Le modèle français du maintien de l’ordre a donc perdu de son exemplarité.

Oui, et il y a eu une rupture avec l’apparition d’armes de tire, dites non létales, comme les flash-balls et les grenades offensives. Les flash-balls, en particulier, que le ministre de l’Intérieur serait bien inspiré d’interdire aussi. Le maniement de cette arme remet la police dans une position de tire ! C’est une rupture avec le sacrosaint principe du maintien de l’ordre dit « républicain » selon lequel « on ne tire pas sur la foule ». Or, avec le flash-ball, on « tire sur la foule ». Ce simple geste de viser change la philosophie du maintien de l’ordre, change le rapport à l’autorité. Et puis, il provoque de nombreuses blessures dont on parle peu. Il y a déjà plusieurs dizaines de jeunes qui ont perdu un œil ou subi de graves traumatismes à la face. Le flash-ball finira par tuer. De plus, pour empêcher le vandalisme et interpeler les meneurs, des policiers de la BAC, en civil, souvent déguisés en manifestants, s’infiltrent dans les cortèges. Le site d’information écologiste Reporterre.com a mis en lignes ces derniers jours des photos inquiétantes de ces policiers en civil, très violents, dont certains portaient même le foulard à l’effigie de tête de mort. Cette dérive est le signe que la police perd pied en matière de maintien de l’ordre. Comme dans tous les domaines qui régissent les relations entre l’Etat et la population, le maintien de l’ordre a cruellement besoin de procédures plus claires et plus transparentes… c’est-à-dire véritablement plus républicaines.


samedi 1 novembre 2014

Violences policières, flashball & LBD, les blessés/tués depuis 2005.

Liste récapitulative des blessés/tués avec liens infos

jeudi 30 octobre 2014
"Bouch-B", 20 ans, Blois

dimanche 26 octobre 2014
DÉCÈS  Rémi Fraisse / 21 ans, site du barrage de Testet, Sivens.

dimanche 19 octobre  2014 
Alexandre Meunier / 25 ans, abords du stade Gerland / Lyon


samedi 10 mai  2014 
Davy Graziotin / 34 ans, abords du stade de la Beaujoire / Nantes
plainte déposée


samedi 21 avril 2014
Yann Zoldan / 26 ans
évacuation d'un squat / Toulouse
plainte déposée


samedi 22 février 2014
Emmanuel Derrien / 25 ans
manifestation anti-aéroport NDDL / Nantes
plainte déposée


samedi 22 février 2014
Damien Tessier / 29 ans
manifestation anti-aéroport NDDL / Nantes
plainte déposée


samedi 22 février 2014
Quentin Torselli / 29 ans
manifestation anti-aéroport NDDL / Nantes
plainte déposée


samedi 1 février 2014
Steve / 16 ans
Echauffourée quartier du Port / La Réunion

information judiciaire ouverte pour « violences volontaires avec usage d’une arme ayant entraîné une mutilation » et 4 policiers mis en examen avec les circonstances aggravantes de « violences commises en réunion et par des dépositaires de l’ordre public »

vendredi 27 décembre 2013
Quentin Charron / 29 ans
manifestation de pompiers / Grenoble
Avocat : Arnaud Lévy-Soussan
plainte déposée


vendredi 19 juillet 2013
Salim / 14 ans
passant manifestation devant commissariat / Trappes
Avocat : Raphael Chiche
information ouverte


mardi 25 juin 2013
Fatouma Kébé
Opération de police cité de la sablière (grenade désencerclement) / Villemomble
Avocat : Steeve Ruben


mardi 25 juin 2013
Mohamed Kébé
Opération de police cité de la sablière (flashball) / Villemomble
Avocat : Steeve Ruben



mercredi 6 février 2013
John David / 25 ans
Manifestation ArceloMittal / Strasbourg
Avocat : Pierre Ramquet
classement sans suite


vendredi 21 septembre 2012
Florent dit « Casti » / 22 ans
abords stade de la Mausson / Montpellier
Avocat : Michaël Corbier
plainte déposée.


mercredi 22 février 2012
Jimmy Gazar / 36 ans
échauffourées Quartier du Chaudron / La Réunion
Avocat : Rémi Boniface
auditionné par juge d’instruction le 19 février 2014


vendredi 7 octobre 2011
Nassuir Oili / 9 ans
Intervention policière port Longoni / Mayotte
Avocat : Saïd Larifou
Gendarme mis en examen et renvoyé davant la cour d’assises pour « violences aggravées ayant entraîné une mutilation »


dimanche 5 juin 2011
Daranka Gimo / 8 ans
Intervention policière quartier Tarterêts / Corbeil-Essonnes
Avocat : Elias Stansal
instruction en cours. Le Défenseur des droits a recommandé des poursuites disciplinaires pour « usage disproportionné » du flashball.


lundi 7 février 2011
Ayoub / 17 ans
Intervention policière centre ville / Audincourt
Avocat : Alain Dreyfus-Schmidt
information judiciaire ouverte janvier 2012


samedi 18 décembre 2010
Mohammad Abatahi / 37 ans
passant manifestation loi Loppsi 2 / Rennes
plainte déposée. Dossier classé sans suite en mai 2011.


dimanche 12 décembre 2010 
Mostefa Ziani / 43 ans
DÉCÈS suite intervention policiers bagarre / Marseille
instruction en cours pour homicide volontaire


dimanche 5 décembre 2010
Guillaume Laurent / 23 ans
match football Ligue 1 Nice/Marseille / Nice
Avocat : André Bezzina
plainte déposée


jeudi 14 octobre 2010
Geoffrey Tidjani / 16 ans
manifestation contre la réforme des retraites / Montreuil
Avocat : Jean-Pierre Mignard
policier mis en examen. Instruction en cours. Le 7 février 2012, le Défenseur des droits demande des poursuites disciplinaires contre le policier mis en cause et son supérieur.

mardi 19 mai 2010
Nordine / 27 ans
provocation policière / Villetaneuse


vendredi 9 avril 2010
Eliasse / 17 ans
contrôle policier / Tremblay
Avocat : Arié Alimi


lundi 13 juillet 2009
Joachim Gatti / 34 ans
manifestation contre expulsion de squatt / Montreuil
Avocate : Irène Terrel
Le 4 avril 2014, la procureure de Bobigny a fini par requérir le renvoi devant les assises d’un des trois policiers tireurs.


dimanche 21 juin 2009
Clément Alexandre / 26 ans
Fête de la musique / Paris (Bastille)
Avocats Noël / Gosselin
Le 17 décembre 2013, le tribunal administratif de Paris reconnaît la responsabilité de l’Etat et le condamne à indemniser Clément.


jeudi 4 juin 2009
S. M.
contrôle d’identité / Bondy
plainte classée sans suite


samedi 9 mai 2009
Bruno / 31 ans
barbecue de quartier / Villiers-le-Bel
Avocate : Cathy Richard
instruction en cours


samedi 9 mai 2009
Alexandre / 21 ans
barbecue de quartier / Villiers-le-Bel
Avocate : Cathy Richard
instruction en cours



vendredi 1er mai 2009
Samir Ait Amara / 18 ans
jeu de quartier  / Neuilly-sur-Marne



jeudi 17 avril 2009
Halil Kiraz / 32 ans
interpellation / Compiègne
Avocat : Crépin
plainte déposée avec constitution partie civile


jeudi 19 mars 2009
Joan Celsis / 25 ans
manifestation contre la précarité / Toulouse
Avocxats : Brel / Nakache
Non lieu le 14 mars 2013 / pourvoi en cassation


mardi 27 novembre 2007
Pierre Douillard / 17 ans
manifestation anti loi LRU / Nantes (Rectorat)
Avocate : Catherine Glon
Procès 6-7 mars 2012 à Nantes. Délibéré du 3 avril 2012 : le policier tireur Mathieu Léglise est relaxé. En appel, à Rennes le 11 octobre 2013, Pierre est débouté et le jugement de Nantes est confirmé.


mercredi 16 mai 2007
Maud Carretta / 24 ans
manifestation anti Sarkozy (grenade désencerclement) / Grenoble
Avocat Hervé Gerbi
Dépôt de plainte. 3 policiers mis en examen


samedi 28 octobre 2006
Jiade El Hadi / 16 ans
altercation avec la police ou au mauvais endroit / Clichy sous bois
Avocat J. P. Mignard
non lieu / policier tireur non identifié



30 septembre 2005
Amine / 18 ans
interpellation / Pantin
Avocat Malika Larbi
Brice H, policier relaxé le 6 mai 2010



mercredi 6 juillet 2005
Sékou / 14 ans
évacuation d’un appartement squatté  / Les Muraux
procès 29 dec 2010 / verdict 25 janvier 2011 / policier condamné 6 mois prison sursis / pas d’inscription au casier / 186 000 € dommages et intérets


25 janvier 2005
Abou Bakari Tandia / 38 ans
DÉCÈS  suite à une garde à vue décembre 2004 / Courbevoie
Avocat : Yassine Bouzrou



7 mars 1994
Théo Hilarion / 38 ans
DÉCÈS  manifestation de dockers. Tir policier de fusil à pompe. Ile de la Réunion
avocat : Rémi Boniface

procès assises 23 juin 2008 / verdict 28 juin 2008 / Acquitement pour les 2 gendarmes accusés

"Bouch-B", 20 ans, blessé gravement le jeudi 30 octobre à Blois

La rotative.info

Tir de flashball à Blois : un jeune homme perd un œil

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Lors d’affrontements avec la police dans une ZUP le 30 octobre au soir, un blésois a reçu un tir de flashball dans l’œil, qu’il a perdu. La nouvelle a été suivie par un large déploiement policier dans le quartier et quelques manifestations de la colère des habitants. Quelques rappels sur le systématisme des violences policières envers les habitants des quartiers populaires.
[Mise à jour 01/11 - 9h30] Après la confirmation du fait que le tir de flashball a provoqué la perte de l’œil de la victime, quelques habitants du quartier ont décidé de manifester leur colère en descendant dans la rue et en allumant quelques poubelles le 31 octobre au soir. Plus tôt dans la journée, le préfet du Loir-et-Cher avait demandé des renforts policiers pour quadriller le quartier et maîtriser les expressions populaires. Grâce au renfort de la brigade de gendarmerie mobile d’Auxerre ce sont donc 110 policiers et gendarmes qui ont été déployés dans la ZUP Nord de Blois. Selon la Nouvelle République, il n’y aurait eu aucun affrontement direct entre habitants et forces de l’ordre. Malgré l’important dispositif répressif, il n’y a apparemment eu aucune interpellation.
Boush-B est malheureusement le dernier d’une série de personnes ayant perdu un œil suite à un tir de flashball. Cette série ne cesse de s’allonger et caractérise l’usage que fait la police des armes dites "non létales". Comme l’écrivait dans un très bon article sur le sujet le collectif Face aux armes de la police, celui-ci repose sur la terreur et la mutilation.

Nous cherchons des informations sur ce qui s’est passé et se passe à Blois et notamment des témoignages de personnes habitant le quartier. N’hésitez pas à nous contacter. Rdv dans l’interface privée du site ou sur notre page contact.


[Mise à jour 31/10 - 19h30] Le jeune homme de 20 ans, surnommé Boush-B, a perdu son œil suite au tir reçu le 30 octobre.
Au lendemain des rassemblements de Tours et de Loches en hommage à Rémi Fraisse, mort sur la ZAD du Testet à la suite de l’explosion d’une grenade lancée par les forces de l’ordre, on pouvait lire dans La Nouvelle République :
« De violents affrontements ont opposé jeudi soir les forces de l’ordre à une cinquantaine d’individus dans la ZUP de Blois. Tout a commencé vers 19 h quand des policiers voulant intervenir après un rodéo à moto, ont été pris à partie. Pour se dégager, un agent a dû faire usage de son flash-ball et a blessé un jeune homme à l’œil. Les incidents ont éclaté rue de Tourville et se sont prolongés jusqu’à 1 h 30 du matin. La gendarmerie est intervenue en renfort. De nombreuses dégradations ont été commises : un abribus a été détruit, deux portes vitrées de magasins ont été cassées et des poubelles ont été incendiées. »
Un nouvel article a été diffusé dans la matinée du 31 octobre et indique que « le préfet de Loir-et-Cher appelle au calme. Il a fait appel à des renforts. Une unité de CRS ou de gendarmes mobiles est attendue à Blois dans la journée pour assurer le maintien de l’ordre en cette veille de week-end. » Une vidéo amateur, déposée par « FN Blois » sur Youtube accompagne les propos du journaliste. Ces « violences urbaines » relatées par la NR méritent toutefois l’apport de quelques précisions.

Flashball, grenades, les blessés graves se comptent par dizaines

Les forces de l’ordre, contrairement aux zadistes et aux manifestants, détiennent le monopole de la violence légitime et sont chargées de maintenir l’ordre économique, politique et social. Quelques années après l’introduction des « armes de force intermédiaires » telles que le Flashball en réponse aux « violences urbaines », les victimes se comptent aujourd’hui par dizaines [1].
En mai dernier, Dominique Baudis, Défenseur des droits, avait dénoncé les « recours irréguliers ou disproportionnés » à ces armes non létales. Il avait rappelé que le tir avec un Flash-Ball, « assimilé à l’usage de la force, est soumis à une exigence de stricte nécessité et proportionnalité ». A la suite de ces déclarations, Marie-France Monéger, patronne de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) avait, selon Libération, admis « qu’il y a un problème » avec « ces armes de force intermédiaire de type LBD et Flashball ».
Cette année, un an après le sévère rapport de Dominique Baudis, la gendarmerie et la police nationales ont adopté le 2 septembre 2014 de nouvelles règles d’utilisation communes pour les lanceurs de balle de défense (LBD), le pistolet à impulsion électrique (PIE, de marque Taser) et les grenades de désencerclement.
« Pas de révolution, il s’agit surtout d’harmoniser les règles entre les deux corps et répondre à certaines des recommandations du défenseur. La suppression de l’arme la plus imprécise, le Flashball, annoncée depuis des mois, n’est toujours pas à l’ordre du jour. » Médiapart septembre 2014

Portrait-type des victimes de violences policières

« Un profil-type se dessine. C’est un homme noir ou d’origine arabe, habitant un quartier populaire de l’agglomération francilienne ou lyonnaise, âgé de 25 à 30 ans. » Bastamag
« Le meurtre policier de « militants » reste jusqu’aujourd’hui exceptionnel face à l’industrie des meurtres policiers des non-blancs pauvres. (...) La police tue ainsi entre 10 et 15 habitants des quartiers populaires par an en moyenne. Avec la prison et le système de harcèlement et d’occupation policière de la rue, il s’agit d’une véritable entreprise de « nettoyage social » et d’écrasement de toutes formes d’autonomie populaire. » M. Rigouste - Aparté
Les auteur-e-s de ces violences policières sont rarement condamné-e-s, la plupart des procès se soldant par la relaxes des fonctionnaires incriminé-e-s. En France, la première condamnation policière liée à un tir de flashball a eu lieu en décembre 2013 :
« Le tribunal a en effet estimé qu’au terme du code de sécurité intérieure les autorités pouvaient être tenues responsables de conséquences de violences commises lors d’attroupements. La préfecture de police de Paris devra verser un total de 7 900 euros au jeune homme blessé sur la place de la Bastille à Paris, en 2009, lors de la Fête de la musique. » Le Monde
Que fait la police ? Ça crève les yeux...
Illustration : Sylvain SZEWCZYK sur Flickr « Les flash ball sont surmontés d’un viseur réflex, assez ludique pour l’utilisateur. »

P.-S.

En réponse à la multiplication et l’intensité de ces armes, des militants ont développé tout un système de défense basé sur l’information et le droit : des manuels diffusent notamment les méthodes pour se prémunir des poursuites judiciaires et des techniques pour se protéger des armes de la police.

Notes

[1En décembre 2013, le site Médiapart estimait à plus de vingt blessés graves les victimes de tirs de flashball depuis 2004.

Mort de Rémi Fraisse à Sivens le dimanche 26 octobre 2014

« Il avait un peu bu dans la soirée, mais n’était pas ivre, il avait juste une bouteille de vin et des gâteaux apéritifs dans son sac à dos. Je l’ai vu partir d’un coup en criant « Allez, faut y aller ! » Il a commencé à courir devant. Il n’avait rien pour se protéger, il n’a pas mesuré ce qui l’attendait. Les flics ont tiré en rafale, je me suis écartée pour me mettre à l’abri. Quand je me suis retournée, Rémi n’était plus là. »
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« Dans le cas de Rémi, La Dépêche du midi a ouvert le bal des mythomanes en publiant cette histoire de corps retrouvé dans la forêt, laissant planer l’idée que la police n’avait rien à voir là-dedans, voire même qu’elle l’avait recueilli. Mais nous pouvons démontrer collectivement, par la contre-enquête populaire et des contre-médias auto-organisés que la police assassine régulièrement, que sa violence est systémique, systématique et portée par des structures politiques, économiques et sociales. La police distribue la férocité des classes dominantes. »
Un ITW de Mathieu Rigouste, chercheur en sciences sociales, sur le site Aparté
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« Que cette militarisation ait progressé ou non en France, la doctrine de l’évitement (on évite autant que possible le contact direct avec les manifestants) reste toujours officiellement privilégiée. Cette spécificité française a de nombreux atouts mais elle n’est pas infaillible, loin de là. Si la thèse de la grenade offensive est confirmée, le drame de Sivens en sera la triste preuve. »
Un ITW de Mathieu Zagrodzki, chercheur en science politique, sur le site du Nouvel Observateur.
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« Journal filmé des évènements à partir du 1er septembre, début de la  déforestation, passage en force du Conseil Général du Tarn et de  l'armée et montée très rapide et exponentielle des violences policières  à l'encontre de tous les opposants au projet. (dont, à 21'20, la description d'un exemple de tir de flashball policier illégal) »
Le conseiller général, l'arbre et le débat démocratique de Jolene White
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« Non loin de Toulouse et d’Albi, dans le Tarn, tout est réuni pour un nouveau scandale écologique et politique. Une société d’économie mixte (CACG) juge et partie pour la construction d’un barrage destiné à l’agriculture industrielle, des violences policières inacceptables, des milices venues « casser du jeune », des enjeux au plus haut sommet de l’État où l’on voit le Parti radical de gauche (PRG) et son président Jean-Michel Baylet s’entendre avec le PS pour l’exploitation de quelques hectares de forêt… Là où coulait un tranquille ruisseau, une lutte voit le jour contre le saccage des terres et pour une organisation sociale sensible à la notion de « bien commun ». »
Avant le rassemblement national du 25 octobre dans le Tarn, Jef Klak a rencontré deux opposant⋅e⋅s au projet de barrage pour comprendre les raisons et les enjeux de cette nouvelle ZAD (Zone à défendre).
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MISE AU POINT

Comment est mort Rémi ?

Courtes explications à l'usage des journalistes (incompétents ? ), et de tou-te-s celles et ceux qui veulent en savoir plus sur les armes de la police, comprendre comment est mort Rémi.

Qu'est ce qu'une grenade « offensive » ?

Les flics font usage de deux types de grenades explosives lors du maintien de l'ordre, souvent confondues par les manifestant-e-s :
  • les grenade dites de « désencerclement », officiellement Dispostif Ballistique de Désencerclement. Elles projettent 18 projectiles en caoutchouc sur plusieurs mètres de diamètres en explosant et peuvent également projeter des débris en fer.
  • les grenades dites « assourdissantes », ou « offensives » dans les médias. Plus puissantes que les premières, elles provoquent un effet de souffle, un effet sonore très intense, mais ne sont pas conçue pour envoyer des projectiles. Elles dégagent également un peu de lacrymogène concentré. Il n'est néanmoins pas rare qu'elles projettent des éclats de plastique, de fer, ou même qu'elle détachent des morceaux de sol en explosant. Techniquement cette grenade s'appelle GLI F4. Il s'agit, selon les informations qui nous parviennent, ce type de grenade qui a tué Rémi.
Ces grenades sont toutes deux conçues par le fabriquant français LACROIX-ALSETEX.
Elles peuvent être lancées à la main ou par des lanceurs (deux modèles de lanceurs existent, le Chouka ou le Cougar) qui peuvent projeter des munitions à 50, 100 ou 200 mètres.

Bien que cela soit interdit, il n'est pas rare qu'une grenade soit envoyée en tir tendu à hauteur d'homme. C'est probablement ce qui est arrivé à Rémi, pour qu'il soit atteint dans le haut du dos. On laisse à chacun imaginer les dommages gravissimes provoqués d'une part par le choc d'un projectile lancé par un de ces lanceurs ajouté à l'explosion de la grenade quand elle atteint un corps humain.

Plus de précisions techniques (PDF)

Concrètement, qu'est-ce que font ces grenades « offensives » (GLI F4) en explosant ?

Voici l'explosion d'une grenade GLI F4 lancée sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes au moment des expulsions de l'automne 2012 : https://www.youtube.com/watch?v=-iT6lmtxq1w#t=6m30s

Les flics et leur hiérarchie ont allègrement menti dans les médias en affirmant n'avoir lancé « qu'une seule grenade » lors des évènements du Testet. Une vidéo du groupe GROIX durant 29'' et intitulée « Terreur (d'État) au Testet » montre le contexte, l'ambiance de la manifestation du 25 octobre suite à laquelle Rémi a perdu la vie. On peut-y repérer distinctement et à plusieurs reprises des explosions de grenades, leur son, leur souffle, leurs effets.

La voici (cliquer sur le lien) : https://www.youtube.com/watch?v=9n4BWYNcFrk
Analyse :

D'abord on note que la manif est assez calme, les affrontements sont quasi-inexistants, éventuellement de très basse intensité à la toute fin de la vidéo. Pour cause, les opposant-e-s, en retrait, situés à plusieurs dizaine de mètres des forces de l'Ordre (gendarmes et CRS), reçoivent de nombreuses salves de grenades en tout genre tout au long du face à face.

- Au début de la vidéo, es différents envois de lacrymogènes provoquent des débuts d'incendies dans l'herbe qui reste.
  • A 12'40'', on repère une explosion de grenade GLI F4, probablement envoyée par un lanceur. Une deuxième explosion est clairement visible à 12'56''. A 14'35'' une personne est blessée par une de ces mêmes grenades envoyée dans un groupe d'opposant-e-s, et doit être évacuée par plusieurs manifestants. 
https://www.youtube.com/watch?v=9n4BWYNcFrk#t=14m35
  • A 16'05'', un manifestant que l'on peut qualifier de « pacifique » prévient les gendarmes : « vous allez faire deux ou trois morts ». Quelques heures plus tard, Rémi mourait.
Ces exemples (au moins huit formellement identifiés en quelques minutes) illustrent la puissance des explosions de ces armes policières et la porté que peuvent avoir ces grenades propulsées par les lanceurs. Rémi en a peut-être reçue une en tir tendu...

Chacun peut constater en voyant de telles déflagration, que de telles armes peuvent tuer. Des « professionnels du maintien de l'ordre » le savent pertinemment.

Ils ont tiré pour tuer.

Maintenant que vous savez, partagez, expliquez autour de vous. … Et surtout, protégez vous face aux armes de la police.